La guerre en Iran fait exploser le prix du kérosène de plus de 50 % en Europe en quelques jours. Pour les compagnies aériennes, dont le carburant représente entre 25 % et 30 % des coûts opérationnels, le choc est immédiat. Selon Jefferies, le conflit pourrait redessiner la carte des flottes mondiales pour les prochaines années.
Chaque hausse de 5 % du kérosène ampute les bénéfices des compagnies
La banque d’investissement chiffre l’impact à 5-10 % sur les bénéfices de Delta Air Lines et United Airlines pour chaque variation de 5 % du carburant. Pour American Airlines, la chute pourrait atteindre 35 %. Le baril de Brent a bondi de 13 % dès le 2 mars, selon Reuters.
La plupart des grandes compagnies se sont partiellement couvertes. Ryanair a sécurisé 84 % de ses besoins à 77 dollars le baril, lui conférant un avantage compétitif significatif. Les transporteurs sans couverture suffisante pourraient être contraints d’accélérer leurs décisions de flotte.
Les appareils anciens pourraient partir plus tôt à la retraite
Jefferies établit une corrélation de 0,75 entre prix du pétrole et retraits d’appareils sur la période 1987-2025, avec un décalage d’environ un an. Des prix élevés rendent non rentables les avions les plus gourmands, poussant les compagnies à anticiper leur remplacement par des modèles jusqu’à 20 % plus économes.
Cette dynamique bénéficierait directement à Airbus et Boeing, dont les carnets de commandes pour l’A320neo, le 737 MAX et l’A350 sont déjà saturés pour plusieurs années.
Le trafic mondial perturbé, mais la croissance reste attendue
Le Moyen-Orient concentre 10 % du trafic aérien mondial et 6 % de la flotte globale. La fermeture des hubs de Dubaï et Doha a allongé les routes Europe-Asie d’au moins deux heures, aggravant la consommation de carburant. Selon Déplacements Pros, les tarifs sur ces liaisons ont quadruplé depuis début mars.
Jefferies anticipe une croissance du trafic aérien mondial de 5,1 % en 2026, contre 4,9 % prévu par l’IATA avant le conflit. La corrélation entre prix du pétrole et capacité disponible reste historiquement faible sur le long terme.
Si le conflit se prolonge, Morningstar estime qu’une fermeture durable du détroit d’Ormuz — par lequel transite 20 % du pétrole mondial — reste possible, ce qui pourrait accélérer les décisions de renouvellement de flotte dès 2027.

