Immigration : Roberge appelle Ottawa à ne pas expulser les travailleurs choisis par le Québec

Le ministre québécois de l’Immigration, Jean-François Roberge, a demandé au gouvernement fédéral de renouveler automatiquement les permis de séjour de tous les travailleurs étrangers temporaires sélectionnés par le Québec, dénonçant une politique fédérale qui conduit à expulser des personnes que la province a pourtant retenues. Cette sortie publique, formulée en entrevue à Radio-Canada, intervient deux semaines après une mesure d’assouplissement partielle annoncée par Ottawa le 13 mars.

Une mesure fédérale jugée trop étroite

Le 13 mars, le gouvernement Carney a accordé une prolongation de permis d’un an aux travailleurs étrangers temporaires détenteurs d’un permis fermé — lié à un employeur spécifique — ayant reçu une invitation de sélection permanente dans le cadre du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ). Le ministre Roberge juge cette mesure insuffisante sur deux points précis : elle exclut les titulaires de permis ouverts, notamment ceux entrés au Canada via le Programme vacances-travail (PVT), et ne couvre ni les conjoints ni les enfants à charge des travailleurs visés. Selon lui, environ la moitié des travailleurs étrangers présents sur le territoire québécois échappent à cette disposition. Dans une entrevue à Radio-Canada, il a dénoncé une situation où le Québec sélectionne des travailleurs qu’Ottawa expulse dans le même temps, qualifiant cette logique d’inacceptable.

Dans une lettre adressée à la ministre fédérale de l’Immigration, Lena Diab, Roberge a formellement demandé un élargissement de la mesure. Le cabinet de Diab a répondu qu’Ottawa n’envisageait pas de modifier les critères, au motif que l’assouplissement du 13 mars représente un équilibre entre le maintien des travailleurs en poste et l’objectif national de ramener la population non permanente sous le seuil de 5 % d’ici 2027.

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Un dossier qui cristallise les tensions fédérales-provinciales

Ce bras de fer prolonge une friction ouverte depuis novembre 2025, date à laquelle Québec a aboli le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui offrait aux travailleurs étrangers et diplômés établis dans la province une voie directe et prévisible vers la résidence permanente. La suppression du PEQ, remplacé par le PSTQ — programme à points, plus sélectif et sans garantie d’accès — a provoqué une onde de choc dans les milieux d’affaires, syndicaux et municipaux québécois. L’Union des municipalités du Québec et le Conseil du patronat avaient qualifié la mesure fédérale du 13 mars de pas dans la bonne direction, tout en la jugeant insuffisante pour les régions.

Depuis 2015, le Canada a considérablement accru ses seuils d’immigration temporaire pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre, avant d’amorcer un recul progressif à partir de 2024 sous la pression de plusieurs provinces, dont le Québec lui-même, qui réclamait alors le respect de sa capacité d’intégration.

Le ministre Roberge a transmis des scénarios de transition au prochain chef de la Coalition avenir Québec, dont l’entrée en fonction est prévue le 12 avril 2026. C’est à ce nouveau gouvernement qu’il reviendra de poursuivre les négociations avec Ottawa sur l’élargissement des critères de renouvellement des permis.

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