L’Assemblée des experts iranienne a désigné dimanche 8 mars Mojtaba Khamenei, fils du défunt ayatollah Ali Khamenei, comme nouveau guide suprême de la République islamique. L’annonce de son identité a été confirmée en début de soirée, après que l’institution avait dans un premier temps tu le nom de l’élu. «Le candidat le plus approprié, approuvé par la majorité de l’Assemblée des experts, a été désigné», avait déclaré Mohsen Heydari, représentant de la province du Khouzestan au sein de l’instance, sans autre précision en début de journée.
Une succession sous les bombes, neuf jours après le début de la guerre
Ali Khamenei a été tué le premier jour de l’offensive israélo-américaine baptisée «Opération Rising Lion», lancée le 28 février. Depuis cette date, un triumvirat assurait l’intérim : le président Massoud Pezeshkian, le chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejei et le dignitaire religieux Alireza Arafi.
L’Assemblée des experts, organe de 88 clercs habilités à nommer et révoquer le guide suprême, s’est réunie dans des conditions de sécurité extrêmes. Une frappe israélienne avait visé l’immeuble où elle devait initialement se réunir pour procéder au vote.
Mojtaba Khamenei, favori sous pression américaine et israélienne
Le nom du fils du défunt guide suprême, Mojtaba Khamenei, 56 ans, circulait depuis plusieurs jours comme favori. Selon trois responsables iraniens cités par le New York Times, il bénéficiait du soutien des Gardiens de la révolution. Donald Trump avait déclaré jeudi au site Axios qu’il n’accepterait pas sa nomination, et a réagi à la confirmation en prévenant que le nouveau guide suprême «ne tiendra pas longtemps». Israel Katz, ministre de la Défense israélien, avait prévenu que tout successeur désigné constituerait «une cible certaine».
Le silence initial autour de l’identité de l’élu s’expliquait par ces menaces : nommer officiellement le nouveau guide revenait à désigner une cible aux frappes américaines et israéliennes, selon l’analyste Hossein Aghaei, interrogé par Iran International. Mojtaba Khamenei n’a jamais occupé de poste officiel au sein du gouvernement iranien. Sanctionné par Washington depuis 2019, il est présenté par les câbles diplomatiques américains publiés par WikiLeaks comme «le pouvoir derrière les toges» — référence à son rôle central au sein du Bureau du Guide, la Maison qui supervise l’ensemble de l’appareil d’État iranien.
Un régime contraint d’assurer sa continuité en temps de guerre
La Constitution iranienne contraint l’Assemblée des experts à désigner un successeur dans les meilleurs délais après la vacance du poste. Depuis 1989, date à laquelle Ali Khamenei avait lui-même accédé à la fonction après la mort de l’ayatollah Rouhollah Khomeini, aucune succession n’avait été opérée. L’Iran, qui affirme pouvoir tenir au moins six mois face à la coalition israélo-américaine, continue de subir des frappes intenses sur Téhéran et ses environs. Des dépôts pétroliers ont été touchés dans la nuit de samedi à dimanche, interrompant temporairement la distribution de carburant dans la capitale.
