Manifestations dans l'AES : pourquoi une organisation cible la France le 28 mars

Des organisations de la société civile du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont annoncé le 21 mars 2026 une mobilisation simultanée dans les trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), prévue le 28 mars. L’appel émane de la Coordination nationale des associations de veille citoyenne (CNAVC) et de structures associées, en réaction à une résolution adoptée le 12 mars par le Parlement européen exigeant la libération de l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum, renversé lors du coup d’État de juillet 2023.

Paris accusée d’instrumentaliser Bruxelles

Les organisations signataires ne se limitent pas à contester le texte européen. Elles désignent directement la France, accusée d’utiliser son influence au sein des institutions de l’Union européenne pour exercer une pression politique sur les États de l’AES, après avoir perdu ses positions militaires dans la région. Selon leur déclaration lue à Niamey par Abdourahamane Oumarou, président du mouvement Urgences Panafricanistes Niger, la résolution servirait à « rétablir un système créé pour ne servir que les intérêts de l’ancienne puissance coloniale ». Paris n’a pas répondu publiquement à ces accusations à la date de publication.

Un retrait militaire forcé en trois étapes

Cette hostilité envers la France prend racine dans une séquence de ruptures engagées depuis 2022. Le Mali avait été le premier à agir, exigeant en février 2022 le départ des soldats français de l’opération Barkhane, qui déployait environ 5 000 militaires dans la région, avant d’expulser l’ambassadeur de France en janvier 2023. Le Burkina Faso avait suivi : en janvier 2023, le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré met fin à l’accord de coopération militaire, expulse l’ambassadeur Luc Hallade et obtient le départ de 400 soldats de l’opération Sabre en février. Le Niger complète le tableau après le coup d’État de juillet 2023 : la coopération militaire est rompue en août, l’ambassadeur Sylvain Itté déclaré persona non grata, et la France ferme son ambassade à Niamey en décembre 2023 en retirant ses 1 500 soldats. Les trois pays se sont depuis rapprochés de la Russie, avec une implantation du groupe paramilitaire Wagner notamment au Mali.

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Une résolution comme point de rupture diplomatique

Le 19 mars, le président en exercice de l’AES, le capitaine Traoré, avait rejeté la résolution dans un communiqué officiel. La mobilisation du 28 mars vise à amplifier ce rejet dans la rue. Mohamed Bazoum, dont le Parlement européen réclame la libération, est détenu depuis le coup d’État du 26 juillet 2023 et poursuivi par les autorités nigériennes pour « haute trahison » et « atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l’État ». Une première vague de manifestations avait préfiguré l’événement le 21 mars à Ouagadougou et Niamey.

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