Le Nigeria a annoncé le 23 mars 2026 l’avancement de son projet de gazoduc d’une valeur de 20 milliards de dollars, conçu pour transporter annuellement 30 milliards de mètres cubes (Bcm) de gaz naturel vers l’Europe via le Tchad, la Libye et la Sicile. L’initiative est portée par le consortium privé Netoil, avec le soutien du gouvernement nigérian et de la NNPC Ltd, l’entreprise nationale de pétrole et de gaz. Le ministre d’État nigérian aux Ressources pétrolières (gaz), Ekperikpe Ekpo, a conduit une délégation à Londres pour finaliser les discussions avec des investisseurs internationaux.
Un corridor stratégique pour l’exportation vers l’Europe
Le gazoduc a pour objectif de valoriser des gisements de gaz nigérians longtemps inexploités tout en approvisionnant l’Europe face à une demande énergétique en hausse. Olalekan Ogunleye, vice-président exécutif de la NNPC, a indiqué que le projet pourrait générer plus de 20 milliards de dollars d’investissements combinés dans l’exploration et la production. De son côté, Roger Tamraz, directeur général de Netoil, a précisé que des acheteurs se sont montrés prêts à signer des contrats de vingt ans, et que les technologies et financements nécessaires sont disponibles. La réalisation du projet dépend néanmoins de l’obtention des droits de passage sur les territoires qu’il traversera.
Concurrence avec les projets maghrébins
Le gazoduc Nigeria‑Tchad‑Libye entre en concurrence avec deux autres initiatives majeures du Maghreb visant à exporter le gaz nigérian vers l’Europe. Le pipeline transsaharien Nigeria‑Algérie (TSGP), conçu pour transporter jusqu’à 30 milliards de mètres cubes par an via le Niger vers les infrastructures algériennes connectées à l’Europe, est en phase d’exécution après des décennies de discussions et la signature d’accords tripartites en février 2025, mais reste tributaire de la sécurisation des zones sahariennes traversées.
Le projet Nigeria‑Maroc, ou Gazoduc Afrique‑Atlantique, prévoit un tracé plus long longeant la côte ouest africaine jusqu’au Maroc, puis une connexion sous‑marine vers l’Espagne ou le Portugal ; soutenu politiquement mais encore largement à l’étape de planification, il doit surmonter des défis logistiques, financiers et de coordination internationale plus complexes que le TSGP. Ces deux projets représentent des alternatives régionales crédibles, chacune avec des trajectoires et contraintes spécifiques, face au corridor Nigeria‑Tchad‑Libye.
Défis et perspectives
Malgré son statut de premier producteur africain de gaz, le Nigeria fait face à une sous-utilisation de ses ressources domestiques, en partie à cause de limitations infrastructurelles et de contraintes réglementaires. Le gouvernement a toutefois adopté des mesures favorables aux investisseurs, notamment via le Petroleum Industry Act et des ordres exécutifs destinés à faciliter les investissements. Le projet pourrait ainsi contribuer simultanément à la monétisation des réserves nationales et à la sécurisation de l’approvisionnement énergétique européen.
Le consortium Netoil prévoit d’achever les premières études de faisabilité et d’obtenir les autorisations nécessaires d’ici la fin 2026, en attendant le début effectif de la construction du gazoduc.

