Cinq des neuf sélections africaines qualifiées pour la Coupe du monde 2026 verront leurs supporters contraints de verser une caution financière pour obtenir un visa d’entrée aux États-Unis. Le dispositif, baptisé Visa Bond Pilot Program et mis en place par l’administration Trump, impose aux ressortissants d’une cinquantaine de pays un dépôt compris entre 5 000 et 15 000 dollars avant toute délivrance d’un visa touristique de type B-1/B-2.
L’Algérie, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Cap-Vert sont déjà soumis à cette obligation. La Tunisie rejoindra la liste à compter du 2 avril 2026, selon le calendrier publié par le département d’État américain. Les quatre autres qualifiés africains — Maroc, Égypte, Ghana et Afrique du Sud — ne figurent pas sur la liste à ce stade.
Une caution remboursable sous conditions strictes
La somme exigée, dont le montant exact est fixé au moment de l’entretien consulaire selon le profil du demandeur, est remboursable à une seule condition : que le titulaire du visa quitte le territoire américain avant l’expiration de son autorisation de séjour. En cas de dépassement, la caution est forfaitairement perdue et le dossier transmis aux services d’immigration américains. Les visas émis dans ce cadre sont limités à une entrée unique sur le sol américain, pour un séjour ne pouvant excéder trente jours. Les bénéficiaires doivent obligatoirement transiter par des aéroports internationaux préalablement désignés par Washington, parmi lesquels figurent plusieurs grandes plateformes de la côte Est et de la côte Ouest.
Le programme touche au total une cinquantaine de pays dans le monde, majoritairement africains — 24 sur 50 selon le cabinet juridique américain Hunton Andrews Kurth. Parmi les équipes qualifiées au Mondial hors du continent, Haïti figure également sur la liste, soumis à des restrictions encore plus sévères incluant une suspension partielle des visas B-1/B-2. Les nations européennes qualifiées — France, Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Portugal — bénéficient toutes du programme d’exemption de visa ESTA, sans caution ni entretien consulaire obligatoire.
Un écart financier sans précédent entre supporters
L’impact budgétaire est considérable. Une étude publiée en février 2026 place les supporters ivoiriens parmi les plus pénalisés financièrement : contraints de solliciter deux visas distincts — l’un pour les États-Unis, l’autre pour le Canada où se disputent également certains matchs de la Côte d’Ivoire — leur budget prévisionnel dépasse 2 000 euros par personne avant l’achat du moindre billet de match. Un supporter français, dispensé de visa grâce au dispositif ESTA, peut couvrir l’ensemble de la phase de groupes pour environ 632 euros au total.
En ajoutant la caution maximale du Visa Bond, la facture totale pour un supporter sénégalais ou algérien pourrait dépasser 20 000 dollars pour un seul déplacement. Selon les calculs de la Football Supporters Europe, suivre son équipe de la phase de groupes jusqu’à la finale coûte déjà au minimum 6 900 dollars par personne, sans tenir compte d’aucune caution.
La FIFA entre exemptions partielles et discours inclusif
Face à ces obstacles, la FIFA a mis en place le FIFA PASS, un système de rendez-vous consulaires prioritaires réservé aux détenteurs de billets achetés sur la plateforme officielle. Le dispositif, annoncé conjointement avec le président américain Donald Trump et le président de la FIFA Gianni Infantino lors d’un événement à la Maison-Blanche, n’allège ni les critères d’éligibilité ni la caution financière : il accélère uniquement l’accès à un créneau d’entretien.
Selon The Athletic, la FIFA tenterait d’obtenir des exemptions au Visa Bond pour les joueurs, membres des staffs techniques et officiels des sélections concernées. Aucune confirmation officielle n’a été publiée à ce stade par le département d’État. Cette démarche contraste avec les déclarations d’Infantino, qui avait qualifié le Mondial 2026 de «plus inclusif de l’histoire» lors de l’annonce du FIFA PASS.
Le Visa Bond Pilot Program est prévu pour s’achever le 5 août 2026, soit après la finale fixée au 19 juillet au MetLife Stadium de East Rutherford, dans le New Jersey. Le département d’État n’a pas exclu une reconduction du dispositif au-delà de cette échéance.

