Le pétrolier russe Anatoly Kolodkin, sous sanctions américaines, a livré le 30 mars environ 100 000 tonnes de pétrole brut au port cubain de Matanzas, qualifiée par Moscou d’aide humanitaire. Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a confirmé que la Russie entendait poursuivre l’approvisionnement de l’île, en précisant que la livraison avait été évoquée au préalable avec Washington.
Donald Trump a déclaré publiquement qu’il ne s’opposait pas à ce qu’un pays envoie du pétrole à Cuba, estimant que cela n’aurait « aucun impact ». Le commentaire tranche avec la posture officielle : le 19 mars, Washington avait pourtant précisé que le pétrole russe ne pouvait toujours pas être livré à Cuba ni à la Corée du Nord, malgré l’assouplissement récent de certaines sanctions.
Moscou face à un vide stratégique dans les Caraïbes
La décision russe ne relève pas d’un calcul humanitaire. Cuba a perdu son principal fournisseur de carburant en janvier, lorsque les forces américaines ont capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro, Caracas ayant assuré l’essentiel de l’approvisionnement en pétrole de l’île pendant 25 ans. Laisser La Havane s’effondrer sans réaction équivaudrait pour Moscou à abandonner l’un de ses derniers ancrages dans l’hémisphère occidental — un signal désastreux pour ses autres alliés. La chute de Maduro avait déjà porté un coup à l’image de la Russie comme puissance capable de protéger ses partenaires, après la perte successive de la Syrie de Bachar al-Assad fin 2024 et de l’Iran de Khamenei, tué dans les frappes américano-israéliennes de février 2026.
Cuba subit des coupures d’électricité pouvant dépasser 20 heures et a connu au moins sept pannes nationales depuis début 2024, dont deux en mars 2026. Selon l’expert Jorge Piñón de l’université du Texas à Austin, la cargaison couvrirait environ 12 jours de demande en gazole, après un délai de raffinage de 15 à 20 jours.
Iran : le levier que Poutine utilise face à Trump
Depuis le début des frappes américano-israéliennes sur l’Iran le 28 février, la haute représentante de l’UE Kaja Kallas accusait publiquement Moscou de fournir à Téhéran des données de ciblage et des drones pour frapper les forces américaines dans la région — des accusations corroborées par des évaluations des services de renseignement britanniques. Trump a lui-même reconnu sur Fox News que Vladimir Poutine aidait « peut-être un peu » l’Iran, avant de justifier cette situation par le soutien américain à l’Ukraine.
Moscou a tenté de monnayer son positionnement. Selon Politico, relayé par The Moscow Times, l’envoyé du Kremlin Kirill Dmitriev a proposé à Miami aux émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner que la Russie cesse son partage de renseignements avec l’Iran, en échange de la suspension du soutien américain à l’Ukraine. Washington a rejeté l’offre. Le Kremlin a formellement démenti ces révélations tout en confirmant l’existence d’un « dialogue » avec Téhéran. Des diplomates européens ont qualifié la proposition d’« scandaleuse », y voyant une tentative de Moscou de court-circuiter les partenaires européens au profit d’un arrangement bilatéral direct avec Washington. La guerre en Iran a par ailleurs dopé les revenus pétroliers russes, le prix du Brent ayant dépassé 100 dollars le baril, renforçant la capacité de Moscou à financer son offensive en Ukraine.
Une question de crédibilité pour les alliés de Moscou
Depuis le lancement de l’offensive en Ukraine en 2022, la Russie doit démontrer à ses alliés qu’elle ne les abandonne pas sous pression américaine. Ne pas agir après le blocus de La Havane aurait fragilisé durablement cette posture. Peskov a affirmé que Moscou considérait comme son devoir de fournir « l’aide nécessaire » à Cuba dans les circonstances actuelles. Le soutien à Cuba fonctionne comme un signal adressé aux partenaires restants de Moscou : malgré les revers au Venezuela, en Syrie et en Iran, la Russie demeure un allié opérationnel.
Aucun calendrier officiel n’a été annoncé par le Kremlin pour une éventuelle deuxième livraison. Une telle décision dépendrait en partie de l’évolution des négociations russo-américaines autour du dossier iranien, dont plusieurs rounds restent attendus dans les prochaines semaines.




« … que la Russie cesse son partage de renseignements avec l’Iran, en échange de la suspension du soutien américain à l’Ukraine »
Du trolling « made in Russia » comme on l’aime