Le Fonds de développement des ressources minérales solides du Nigeria (SMDF) et l’Africa Finance Corporation (AFC) ont signé le 2 mars 2026 un accord de cofinancement de 1,3 milliard de dollars pour la construction d’une raffinerie d’alumine au Nigeria. Décrit par le ministre nigérian des Mines, Dele Alake, comme le plus important investissement minier privé de l’histoire du pays, le projet prévoit également un programme national de cartographie minérale et la création d’un véhicule d’investissement dédié à l’exploration.
La raffinerie traitera un million de tonnes de bauxite par an sur une durée d’exploitation de vingt ans, alimentée par une centrale à gaz. Selon les projections gouvernementales nigérianes, sa contribution annuelle au PIB pourrait atteindre 1,2 milliard de dollars, pour un impact économique cumulé estimé à 25 milliards de dollars sur l’ensemble du cycle de vie du projet.
Un continent qui mise sur la transformation locale
Le Nigeria rejoint une dynamique continentale déjà engagée sur plusieurs filières. La Guinée, premier détenteur mondial de réserves de bauxite, a lancé en 2025 deux chantiers simultanés : la raffinerie d’alumine de la société chinoise SPIC à Boffa en mars, pour 1,03 milliard de dollars, puis celle du Winning Consortium Alumina Guinea (WCAG) à Boké en décembre, pour plus de 1,2 milliard de dollars. Le Ghana négocie pour sa part la construction d’au moins deux raffineries d’alumine avec la société grecque Mytilineos, pour une capacité combinée estimée entre 4 et 6 millions de tonnes. Au Cameroun, la société australienne Canyon Resources conduit une étude de faisabilité pour une raffinerie liée à son projet de bauxite Minim Martap, dont les conclusions sont attendues au troisième trimestre 2026.
Le mouvement dépasse la filière alumine. Au Mali, le président de la transition Assimi Goïta a posé en juin 2025 la première pierre d’une raffinerie d’or publique à Sénou, en partenariat avec le groupe russe Yadran — l’État malien en détenant 62 % du capital. Avec une capacité de 200 tonnes par an, l’installation est conçue pour traiter à terme l’or extrait dans les pays voisins, dont le Burkina Faso, où la mise en service d’une première raffinerie d’or était attendue à la fin de l’année 2025, selon Jeune Afrique. Les tensions sécuritaires persistent dans ce pays et constituent un frein réel à l’avancement du projet. En République démocratique du Congo, l’État a pris une participation dans Buenassa Resources, chargée de développer la première raffinerie de cuivre et de cobalt du pays dans la province du Lualaba. Au Botswana, le président Duma Boko a annoncé que plus aucun diamant ne quitterait le pays sans avoir été transformé sur place, affirmant lors d’une visite à l’usine de taille AUROSTAR en mai 2025 : «Nous arrivons à une étape où aucun minerai ne quittera ce pays sans avoir été traité».
Un retard structurel à combler
La Banque africaine de développement (BAD) a chiffré le paradoxe dans un rapport publié en novembre 2025 : l’Afrique concentre 29 % des réserves mondiales de bauxite, mais dispose de moins de 1 % des capacités mondiales de raffinage d’alumine. Une grande partie de l’or extrait au Sahel est encore traitée dans des raffineries suisses — les groupes Metalor et MKS Pamp — ou en Afrique du Sud, via la Rand Refinery, qui assure une part significative du raffinage continental depuis 1920.
Les obstacles restent réels. Selon des spécialistes du secteur cités par Financial Afrik, l’accès à une énergie stable et abondante constitue le défi principal pour des pays comme la Guinée, la RDC ou le Mali, où l’approvisionnement électrique demeure insuffisant. La stabilité réglementaire et la capacité à mobiliser des financements sur le long terme conditionnent également la viabilité de ces projets, dont les cycles s’étendent sur plusieurs décennies.
Pour le projet nigérian, les autorités indiquent que toutes les approbations réglementaires ont été accordées. La prochaine étape porte sur la finalisation des études techniques avant le lancement effectif des travaux de construction.

