Rentré vivant de Russie, un soldat ukrainien découvre qu'il avait été enterré

Il a passé près de quatre ans dans les prisons russes pendant que sa famille le pleurait. En Ukraine, une erreur d’analyse ADN avait conduit à l’erreur. Le 5 février 2026, Nazar Daletskyï, soldat de la 24e Brigade mécanisée séparée de l’armée ukrainienne, rentrait chez lui après près de quatre ans de captivité en Russie. Premier acte de son retour au village de Velyki Doroshiv, dans la région de Lviv : une visite au cimetière local, devant une tombe portant son nom.

Daletskyï, 46 ans, avait été porté disparu en mai 2022 lors de combats à l’est du pays, puis officiellement déclaré mort en septembre de la même année. En janvier 2023, des restes découverts dans un véhicule criblé de balles dans la région de Kharkiv avaient été soumis à analyse génétique. Le Centre scientifique d’expertise criminalistique de Kharkiv avait conclu à une correspondance de 99,99987 % avec le profil ADN de sa mère. Sur cette base, la famille avait organisé des funérailles et inhumé le corps sous le nom de Nazar Daletskyï.

Un soldat signalé vivant par d’anciens prisonniers

Les premiers doutes sur la fiabilité de cette identification n’ont émergé qu’à l’été 2025, lorsque plusieurs soldats ukrainiens libérés lors d’échanges précédents ont déclaré avoir vu Daletskyï vivant dans des prisons russes. En juillet, puis en août et en octobre, trois témoignages distincts sont venus étayer cette piste. La confirmation définitive est intervenue lors de l’échange du 5 février 2026 — le 71e depuis le début de la guerre à grande échelle — au cours duquel 157 Ukrainiens ont été rapatriés, dont 139 détenus depuis 2022.

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De retour dans son village, Daletskyï a trouvé sa tombe dépouillée du drapeau ukrainien qui l’ornait. Les restes du soldat inconnu inhumé en son nom avaient déjà été exhumés le 11 février par des spécialistes du parquet régional de Lviv, en vue d’une nouvelle analyse pour identifier la véritable victime. « Tout le monde n’a pas la chance d’assister à ses propres funérailles », a-t-il confié.

Une procédure judiciaire nécessaire pour récupérer son identité légale

Le retour de Daletskyï a aussi soulevé une question juridique inédite. Des indemnités d’environ 295 000 euros avaient été versées à sa famille au titre de son décès au combat. Le ministère ukrainien de la Défense a indiqué, dans une déclaration publiée le 11 février, ne disposer d’aucune base légale pour en exiger la restitution, les paiements ayant été effectués conformément à la législation en vigueur au moment des faits.

Pour que Daletskyï recouvre officiellement son existence juridique, une décision de justice devra formellement attester qu’il est en vie. Cette procédure était en cours au moment de la publication. L’enquête sur les circonstances de l’erreur d’identification génétique — la première du genre documentée depuis le début de la guerre en Ukraine — reste ouverte.

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