Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés, a rendu public vendredi un rapport accusant Israël de recourir à la torture de façon systématique contre des détenus palestiniens depuis le 7 octobre 2023. Le document, intitulé Torture et génocide, doit être présenté lundi 23 mars devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève.
Plus de 18 500 arrestations documentées
Le rapport recense plus de 18 500 personnes arrêtées depuis le début de la guerre à Gaza, dont au moins 1 500 mineurs. Quelque 9 000 Palestiniens resteraient en détention, et plus de 4 000 auraient fait l’objet de disparitions forcées. Ces données reposent sur l’analyse de plus de 300 témoignages recueillis directement par la rapporteuse.
Albanese décrit des «sévices physiques et psychologiques d’une brutalité exceptionnelle» pour qualifier le traitement subi par les détenus. Le rapport désigne ces pratiques comme un «châtiment collectif punitif» exercé à une échelle sans équivalent documenté depuis le début du conflit. Les autorités israéliennes n’ont pas formulé de réponse officielle aux conclusions à l’heure de la publication.
Un mandat indépendant, une portée contestée
Albanese exerce un mandat d’expert indépendant : ses conclusions n’engagent pas l’ONU en tant qu’institution. Cette distinction, fréquemment effacée dans la couverture médiatique, conditionne la portée juridique réelle du document.
L’ONG UN Watch conteste la méthodologie retenue, estimant que le rapport sort du cadre de la Convention onusienne contre la torture en y intégrant la notion d’«environnement torturant» appliquée à une population entière sur un territoire. Selon l’organisation, cette lecture dilue le standard juridique au profit d’une grille d’analyse morale.
Le cadre diplomatique alourdit la réception du texte. La France et l’Allemagne avaient réclamé la démission d’Albanese le mois dernier, après des déclarations tenues lors d’un forum à Doha. La rapporteuse a rejeté cette demande, la qualifiant de fondée sur de «fausses accusations».
Présentation lundi à Genève
Albanese soumettra officiellement ses conclusions au Conseil des droits de l’homme lundi 23 mars. À l’issue des débats, le Conseil dispose de la faculté d’adopter des résolutions ou de mandater des enquêtes complémentaires — sans pouvoir contraindre directement les États membres à modifier leur comportement.
