USA, Israël, Chine : pourquoi le Nigeria collabore avec des puissances rivales

Ademola Oshodi, assistant spécial du président nigérian Bola Tinubu pour les affaires étrangères et le protocole, a affirmé lundi 2 mars 2026 que le gouvernement entretient des partenariats de renseignement simultanés avec les États-Unis, Israël, la Chine, le Royaume-Uni et la France pour combattre l’insécurité sur le territoire national. S’exprimant sur la chaîne Arise News, il a défendu cette approche multilatérale comme étant fondée sur le renseignement plutôt que sur les opérations militaires seules, et rejeté les appels du Congrès américain invitant Abuja à abandonner ses partenariats avec la Russie et la Chine.

« Nous devons penser à l’intérêt, pas aux émotions »

Oshodi a explicitement affirmé que le Nigeria base sa stratégie sur les bénéfices concrets plutôt que sur l’alignement idéologique. « Si les Américains veulent nous assurer la sécurité, nous travaillons avec eux », a-t-il déclaré. L’assistant présidentiel a poussé plus loin cette logique pragmatique : le Nigeria coopérerait même avec la Corée du Nord si un tel partenariat servait ses intérêts de sécurité et économiques. « Nous devons penser à l’intérêt, pas aux émotions, pas aux sentiments », a-t-il insisté.

Cette position reflète selon lui la complexité de la crise sécuritaire nigériane, marquée par les groupes djihadistes liés à l’État islamique, le banditisme organisé et les violences communales. Oshodi a caractérisé le cadre multilatéral comme visant à identifier les sources de financement des groupes terroristes, à démanteler les réseaux d’insurrection et à construire des dossiers pénaux contre les responsables, plutôt que de miser uniquement sur les éliminations militaires.

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Une ouverture préexistante aux rivaux des États-Unis

L’assistant présidentiel a souligné que cette ouverture ne constitue pas une réaction récente aux pressions américaines. Le Nigeria avait déjà signé en 2021 des accords militaires avec la Russie, actant une diversification délibérée des sources d’appui sécuritaire. Selon Oshodi, les partenariats avec Moscou et Pékin demeurent importants pour renforcer les capacités nigérianes.

Il a insisté sur le fait que le succès récent des services nigérians de renseignement repose précisément sur cette approche pluraliste. « Les agences de multiples puissances fournissent des solutions basées sur l’analyse plutôt que sur l’idéologie », a-t-il expliqué, permettant à Abuja de cibler les menaces avec davantage de précision. Cette stratégie contraste avec les interventions aériennes américaines menées en décembre 2025, lors desquelles les États-Unis ont lancé des frappes missiles contre des militants de l’État islamique dans le nord-ouest du Nigeria en coordination avec le gouvernement. Depuis, les États-Unis continuent de fournir du matériel militaire au Nigeria et d’envoyer des militaires pour former l’armée locale face aux défis sécuritaires.

Les risques d’une équilibriste diplomatique

Oshodi reconnaît implicitement que le choix du Nigeria de maintenir une architecture de sécurité ouverte à plusieurs puissances mondiales crée un précédent dans une région où la plupart des États africains subissent des pressions pour trancher leurs alliés. Cette stratégie expose Abuja à des risques potentiels de manipulation ou de conflits d’intérêts entre ses partenaires, une équation que l’assistant présidentiel affirme pouvoir gérer en privilégiant exclusivement l’intérêt national.

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