USA : l'accord secret Trump-Biya qui livre des migrants au Cameroun

Le New York Times a révélé le 25 mars 2026 qu’une administration Trump a conclu cet hiver un accord confidentiel avec le gouvernement du président camerounais Paul Biya pour accueillir des migrants expulsés des États-Unis — dont aucun n’est ressortissant du Cameroun. L’arrangement repose sur deux leviers : le silence américain sur la répression post-électorale menée par Yaoundé, et le blocage puis le déblocage conditionnel de 30 millions de dollars destinés au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Depuis janvier, au moins 17 personnes ont atterri à Yaoundé à bord de vols du Département de la sécurité intérieure américain (DHS). Menottées, elles ignoraient leur destination jusqu’au décollage. La quasi-totalité bénéficiait de protections judiciaires américaines interdisant leur renvoi dans leurs pays d’origine — Zimbabwe, Ghana, et d’autres États — en raison de risques de persécution documentés. À leur arrivée, des responsables camerounais leur ont indiqué qu’elles ne pouvaient pas demander l’asile au Cameroun et qu’elles devaient accepter un retour volontaire pour être libérées du centre de détention étatique où elles sont retenues à Yaoundé.

Un accord financier lié à l’expulsion

Des correspondances confidentielles du département d’État et un mémorandum de financement, obtenus par le New York Times, établissent directement le lien entre le déblocage des fonds et la conclusion de l’accord. Les 30 millions de dollars destinés au bureau local du HCR ont été retenus durant les négociations menées à Yaoundé en novembre 2025 par une équipe américaine. Ils ont été débloqués le 12 janvier, quarante-huit heures avant le départ du premier vol depuis la Louisiane. Un responsable américain a confirmé que cette méthode — retenir des fonds onusiens par pays pour obtenir des accords de réadmission — constitue une pratique délibérée de l’administration Trump. Un haut responsable camerounais a qualifié la manœuvre de « chantage ». Le HCR affirme de son côté n’avoir pas été informé de cette conditionnalité.

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Un dispositif déjà déployé dans plusieurs pays africains

Le Cameroun s’inscrit dans un réseau d’accords similaires que Washington a tissé sur le continent africain depuis 2025. L’Eswatini a reçu un total de 19 migrants expulsés depuis juillet 2025, le Rwanda a accepté jusqu’à 250 personnes en échange de 7,5 millions de dollars et d’une prise en charge sanitaire et professionnelle, selon CNN. Le Ghana, l’Ouganda et le Soudan du Sud ont également conclu des arrangements comparables. Selon un rapport publié en février 2026 par la commission sénatoriale américaine des affaires étrangères, au moins 40 millions de dollars ont été dépensés pour expulser environ 300 migrants vers des pays tiers, certains accords impliquant un coût supérieur à un million de dollars par personne.

Le Conseil sur les relations étrangères (CFR) relevait en septembre 2025 que l’administration Trump avait approché au moins 58 gouvernements pour négocier ce type d’accord, en mobilisant selon les cas des concessions tarifaires, des menaces de visas ou des pressions financières. Le ministère camerounais des affaires étrangères n’a pas répondu aux demandes de commentaire du New York Times. Plusieurs des migrants toujours détenus à Yaoundé ont refusé le retour volontaire, invoquant un danger de mort dans leurs pays d’origine. Leurs avocats ont annoncé leur intention de contester l’accord devant les juridictions américaines compétentes.

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