Le plus grand porte-avions du monde accumule les incidents en pleine guerre contre l’Iran. Le USS Gerald R. Ford, déployé depuis Norfolk le 24 juin 2025, se retrouve au 266e jour de mission en mer Rouge — sans date de retour confirmée avant mai.
Un incendie dans la buanderie met le navire hors combat temporaire
Le 12 mars 2026, un incendie s’est déclenché dans la buanderie principale du Ford pendant les opérations en mer Rouge. Trois marins ont été blessés, dont un évacué par avion. La Marine américaine a précisé que le navire restait « pleinement opérationnel », mais les dommages ont contraint le groupe aéronaval à faire route vers la base de Souda Bay, en Crète, pour plus d’une semaine de réparations.
Les fumées ont rendu hors service la quasi-totalité des services de blanchisserie. La Marine a prélevé 1 000 matelas sur le futur USS John F. Kennedy — encore en construction à Norfolk — pour les acheminer à bord. Près de 2 000 vêtements ont également été envoyés à l’équipage.
La Marine enquête sur la possibilité que l’incendie ait été délibérément allumé. Le Ford en est à son dixième mois de déploiement, et les marins avaient appris que leur mission serait prolongée jusqu’en mai — soit deux fois la durée habituelle.
Des problèmes techniques chroniques sur un navire déjà sous pression
Le Ford souffre depuis le début de son déploiement de défaillances répétées de son système de collecte sous vide, chargé d’évacuer les eaux usées des quelque 650 toilettes à bord. Selon The War Zone, chaque intervention de nettoyage à l’acide est facturée 400 000 dollars. Fin février, la Marine avait indiqué que le système avait traité plus de 6 millions de chasses d’eau sans impact confirmé sur la disponibilité opérationnelle.
Le sénateur Mark Warner a publiquement interpellé la hiérarchie navale : « Quelle pression fait-on peser sur ces marins ? » L’amiral James Kilby, vice-chef des opérations navales, a confirmé devant la commission des forces armées du Sénat que le retour du Ford aurait « un impact » sur son calendrier de maintenance, déjà sous tension depuis l’indisponibilité prolongée de l’USS Dwight D. Eisenhower après son propre déploiement allongé.
Deux versions antagonistes sur la vulnérabilité du navire
La Marine américaine a formellement exclu que l’incendie soit lié à des combats. CENTCOM a indiqué avoir repoussé des centaines de missiles et drones iraniens depuis le lancement de l’Opération Epic Fury, sans dégâts majeurs confirmés sur le Ford.
Du côté iranien, le président du Parlement Mohammad Baqer Qalibaf aurait affirmé sur X que l’USS Abraham Lincoln avait dû quitter la région après des frappes iraniennes — une déclaration démentie par Washington. Le porte-parole des Gardiens de la révolution a qualifié la présence du Ford de « menace » et averti que le navire pourrait constituer une cible militaire. Ces déclarations iraniennes n’ont été corroborées par aucune source indépendante.
La guerre oppose les États-Unis à l’Iran depuis le déclenchement de l’Opération Epic Fury, dans une situation de frappes américaines sur des sites militaires iraniens. Les deux parties ont un intérêt stratégique à contrôler le récit : Washington pour rassurer ses alliés sur la robustesse de sa force de frappe navale, Téhéran pour démontrer la vulnérabilité du dispositif américain.
Un déploiement record qui approche les limites historiques
Le Ford pourrait devenir le porte-avions américain le plus longtemps déployé depuis la guerre du Vietnam. Le record moderne — 294 jours — est détenu par l’USS Abraham Lincoln (2020). Si le Ford reste en opération jusqu’à mi-avril, il le battra. S’il reste jusqu’en mai, il approchera les 332 jours établis par l’USS Midway pendant le Vietnam.
L’amiral Kilby a confirmé au Congrès qu’un retour avant mai était peu probable. Selon The War Zone, l’USS George H.W. Bush se prépare à déployer vers le Moyen-Orient pour relever le Ford — sans calendrier officiellement confirmé à ce stade.
