Dans la nuit du 1er au 2 avril 2026, la fusée Space Launch System a décollé du Centre spatial Kennedy en Floride avec quatre astronautes à bord pour la mission Artemis II, premier vol habité du programme lunaire de la NASA. Au cœur du vaisseau Orion se trouve un composant européen sans lequel la mission ne pourrait avoir lieu. Le même jour, le directeur général de l’Agence spatiale européenne prenait publiquement acte de la nécessité de renégocier sa place dans le programme.
Le moteur de la mission est européen
Le module de service d’Orion, conçu et fabriqué par Airbus à Brême sous contrat de l’ESA, assure l’ensemble des fonctions vitales du vaisseau : propulsion principale, production d’électricité via quatre panneaux solaires, alimentation en eau, en oxygène et en azote, ainsi que la régulation thermique à bord. Il embarque 33 moteurs, dont le moteur principal chargé d’effectuer la manœuvre d’injection translunaire — la poussée critique qui, le deuxième jour de la mission, enverra Orion et ses quatre astronautes sur une trajectoire en direction de la Lune. Sans ce module, le voyage n’est pas possible. Sa construction a mobilisé 13 États membres de l’ESA, 20 maîtres d’œuvre et plus de 100 fournisseurs européens. « Bien qu’aucun astronaute de l’ESA ne participe à ce vol, l’Agence spatiale européenne y est associée », a déclaré Daniel Neuenschwander, directeur de l’exploration humaine et robotique à l’ESA.
Des sièges liés à une station désormais suspendue
Dans le cadre d’un mémorandum d’accord signé en 2020 avec la NASA, l’ESA avait obtenu trois opportunités de vol pour ses astronautes vers le Lunar Gateway, la station spatiale orbitale lunaire prévue dans le cadre du programme, en lien avec ses contributions dont la fourniture des modules de service européens. En mars 2026, le nouvel administrateur de la NASA, Jared Isaacman, a suspendu le développement de cette station pour concentrer les ressources sur la construction d’une base directement à la surface de la Lune.
Aschbacher en négociation dès le soir du lancement
Présent au Centre spatial Kennedy pour assister au décollage, le directeur général de l’ESA, Josef Aschbacher, a confirmé à l’AFP que l’agence allait devoir renégocier. « Nous avions un accord avec la NASA pour trois places dans les vols vers le Gateway. Le Gateway est suspendu, donc je vais devoir m’asseoir avec l’administrateur et la NASA pour négocier comment ces places peuvent être utilisées pour la surface lunaire », a-t-il déclaré. Il a précisé que cette discussion devait débuter « dès maintenant », sans en préciser les modalités ni les échéances.
La NASA n’a pas indiqué si les astronautes européens conserveraient un accès garanti aux prochaines missions Artemis, dont le premier alunissage est prévu lors de la mission Artemis IV en 2028.



