Aïcha Kamoise, de son vrai nom Wete Aïcha, a été libérée sous caution le 24 avril 2026, après sept jours de détention au Cameroun. L’influenceuse camerounaise établie en France, interpellée le 17 avril à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen alors qu’elle s’apprêtait à regagner Paris, reste poursuivie pour injures publiques et atteintes à la personnalité. Sa liberté est provisoire : une audience au fond est fixée devant le tribunal de première instance de Yaoundé, et elle ne peut pas quitter le territoire camerounais.
Une procédure contestée à plusieurs niveaux
La défense, conduite par Me Yannick Djemeni, a multiplié les communiqués pour dénoncer ce qu’elle qualifie de vices de procédure en cascade. Premier grief : le parquet initial, le Tribunal de grande instance du Mfoundi, compétent en matière criminelle, se serait saisi d’une affaire relevant du simple délit selon le code pénal camerounais. Second grief : un mandat d’amener aurait été émis contre la blogueuse sans qu’elle ait jamais été convoquée au préalable par une unité de police ou de gendarmerie, en violation d’une exigence procédurale élémentaire. Troisième grief : la garde à vue, d’une durée de 120 heures, aurait été maintenue sans autorisation expresse du procureur compétent, alors que les faits reprochés ne constitueraient ni un crime ni un délit flagrant au sens de l’article 118 du Code de procédure pénale camerounais.
Une libération acquise, puis bloquée
Le grief le plus lourd concerne la journée du 21 avril. Ce jour-là, selon la défense, le procureur compétent aurait prononcé un classement sans suite, rendant la libération d’Aïcha Kamoise juridiquement acquise. Elle n’interviendra pas : une intervention du Parquet général du Centre aurait renversé la décision, prolongeant la détention de plusieurs jours supplémentaires. Ces allégations émanent exclusivement de la défense et n’ont pas été confirmées par les autorités judiciaires camerounaises.
La confrontation entre la prévenue et les plaignants, condition posée par le parquet pour avancer dans la procédure, s’est par ailleurs heurtée à un obstacle géographique : Steven Nbienou Kouadjo, fondateur de la chaîne NBIKO TV et plaignant dans l’affaire, réside aux Émirats arabes unis avec son épouse, l’actrice Muriel Blanche Leumeni. Leur retour au Cameroun à court terme est apparu hautement improbable, laissant la prévenue en détention dans l’attente d’une confrontation suspendue à une improbabilité logistique.
Origine de l’affaire
La plainte de Steven Nbienou Kouadjo fait suite à une série de publications de l’influenceuse sur les réseaux sociaux, dont une vidéo publiée durant la Coupe d’Afrique des nations 2025, dans laquelle elle critiquait le choix des créateurs de contenu mobilisés pour promouvoir NBIKO TV. Le plaignant a par ailleurs posé des conditions à un éventuel retrait de sa plainte : cessation définitive de toute mention de sa personne, de sa famille et de ses activités, suppression des contenus existants, et formalisation écrite de ces engagements.
Un débat sur la liberté d’expression en ligne
Très suivie sur les réseaux sociaux avec près de 1,9 million d’abonnés, Aïcha Kamoise n’est pas la première influenceuse camerounaise à comparaître devant un tribunal pour des propos tenus en ligne. L’issue de la procédure au fond sera scrutée bien au-delà de son cas personnel.
