Un premier groupe de migrants expulsés des États-Unis a atterri à l’aéroport international de N’djili, à Kinshasa, le vendredi 17 avril 2026. Ces quinze à vingt personnes, originaires principalement du Pérou et de l’Équateur, sont arrivées en vertu d’un accord signé le 5 avril entre le gouvernement congolais et l’administration du président Donald Trump. Le rapprochement entre Washington et Kinshasa s’est construit sur plusieurs concessions congolaises dont les contreparties restent à ce jour sans garantie formelle.
Des minerais comme monnaie d’échange
La dynamique remonte à février 2025, lorsque le président Félix Tshisekedi sollicite publiquement, dans une interview au New York Times, une participation américaine à l’exploitation minière congolaise. L’objectif déclaré : diversifier les partenaires de la République démocratique du Congo, dont le secteur minier est dominé à 75 à 80 % par des entreprises chinoises, selon la Fondation Jean-Jaurès. Washington perçoit l’offre comme une opportunité de sécuriser ses approvisionnements en cobalt, coltan, lithium et cuivre — minerais indispensables à son industrie technologique.
Les négociations aboutissent le 4 décembre 2025 à la signature, à Washington, d’un accord de partenariat stratégique entre les deux pays, en présence de Trump et du président rwandais Paul Kagame. Le texte crée une réserve d’actifs stratégiques regroupant des gisements miniers congolais et accorde aux entreprises américaines un droit de première offre sur les projets associés. La Commission Justice et Paix de la Conférence épiscopale nationale du Congo(CENCO) relève que l’accord contraint Kinshasa à consulter l’ambassadeur américain avant tout changement de politique sur l’exportation des minerais critiques — une disposition que l’instance ecclésiale qualifie de remise en cause partielle de la souveraineté nationale.
Une paix signée, une guerre poursuivie
Le volet sécuritaire repose sur l’accord de paix RDC–Rwanda du 27 juin 2025, conclu sous médiation américaine et qatarie. Il prévoyait le retrait des troupes rwandaises de l’Est du Congo dans un délai de 90 jours et la fin du soutien de Kigali au Mouvement du 23 mars (M23). Quelques jours après la cérémonie de décembre, le M23 s’emparait d’Uvira, ville stratégique à la frontière burundaise.
Le 2 mars 2026, le département du Trésor américain a sanctionné les Forces de défense rwandaises (FDR) et quatre de leurs hauts officiers pour soutien opérationnel au M23 — notamment la fourniture de drones, de systèmes de brouillage GPS et l’envoi de milliers de soldats dans l’Est congolais. L’Oakland Institute juge ces mesures insuffisantes : elles ne touchent ni les accords commerciaux américains avec des entreprises minières liées à Kigali, ni l’aide financière au Rwanda. La CENCO note pour sa part qu’aucune clause de l’accord de partenariat stratégique n’impose aux États-Unis une obligation formelle de protection militaire de la RDC.
L’accueil des migrants, troisième concession
L’accord migratoire du 5 avril s’ajoute à ce tableau. Le gouvernement congolais précise que l’opération est intégralement financée par Washington — transport, hébergement, soutien logistique — et que le séjour des migrants sur le sol congolais est temporaire, dans l’attente de leur retransfert vers leurs pays d’origine. Plusieurs pays africains avaient refusé une proposition similaire de l’administration Trump. Kinshasa a dit oui.
L’opposition congolaise a engagé des actions de mobilisation contre la décision. Des organisations de la société civile dénoncent un manque de transparence sur les conditions de séjour et les critères de sélection des personnes accueillies.
Le 13 avril 2026, l’Assemblée nationale a déclaré recevables les deux projets de loi portant ratification de l’accord de partenariat stratégique USA–RDC et de l’accord de paix RDC–Rwanda. Les députés ont exigé transparence et vigilance avant tout vote définitif. D’autres arrivées de migrants sont attendues dans les prochains jours à Kinshasa.



