Sans-papiers : l'Inde pense à utiliser des crocodiles et des serpents dans les marécages près du Bangladesh

La Force de sécurité des frontières indienne (BSF) a demandé à ses unités de terrain d’évaluer la faisabilité du déploiement de reptiles venimeux — serpents et crocodiles — dans les zones fluviales et marécageuses de la frontière indo-bangladaise. Cette directive, contenue dans un mémo interne daté du 26 mars 2026, cible environ 175 kilomètres de frontière jugés impropres à la construction d’une clôture physique traditionnelle.

Le document, révélé par le quotidien indien The Hindu et confirmé par The Wire, précise que la mesure découle des orientations du ministre de l’Intérieur Amit Shah, qui pilote depuis plusieurs années la politique de fermeté migratoire du gouvernement de Narendra Modi. Les commandants de secteur ont reçu pour instruction de rendre compte de la faisabilité opérationnelle dans un délai déterminé.

175 kilomètres hors de portée des clôtures

Sur les 4 096 kilomètres de frontière séparant l’Inde du Bangladesh, environ 3 240 kilomètres sont déjà équipés de barrières physiques. Les 850 kilomètres restants, situés principalement dans les États du Bengale-Occidental, de l’Assam, du Meghalaya, du Tripura et du Mizoram, résistent à toute infrastructure fixe en raison de leur terrain inondable et marécageux. C’est sur ce tronçon que la BSF envisagerait de constituer ce que le mémo qualifie de barrière biologique.

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Les officiers de terrain auraient d’ores et déjà signalé plusieurs obstacles pratiques. «Comment se procurer les reptiles, et quel impact cela aurait-il sur les populations locales vivant le long des tronçons fluviaux ?», a déclaré un responsable de la BSF cité par The Hindu. La densité humaine de ces zones frontalières, combinée aux risques d’inondations saisonnières, rendrait le contrôle d’une telle faune particulièrement difficile.

Une politique migratoire durcie face à des contraintes structurelles

La BSF surveille une frontière parmi les plus longues et les plus poreuses du monde, avec environ 2,65 lakh de personnels déployés — soit une moyenne de 41 agents par kilomètre. Selon des données internes citées par The Federal, près de 20 % des effectifs ont entre 45 et 60 ans, et une proportion similaire serait médicalement inapte aux missions de première ligne. Ces contraintes alimentent la recherche de solutions alternatives.

Les relations entre New Delhi et Dacca se sont tendues depuis la chute en 2024 de l’ancienne Première ministre bangladaise Sheikh Hasina, aujourd’hui en exil en Inde. Le ministre bangladais des Affaires étrangères, Khalilur Rahman, effectuait ce mercredi 8 avril sa première visite officielle à New Delhi — une rencontre dont l’ordre du jour n’a pas inclus publiquement la question des reptiles frontaliers.

Les unités de la BSF doivent remettre leurs conclusions opérationnelles au quartier général avant l’échéance fixée dans le mémo du 26 mars. Aucune décision de déploiement n’a été annoncée à ce stade.

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