Un stade pour Hogbonou : la promesse qui a tout changé

Vendredi 3 avril 2026 au stade Charles de Gaulle, Romuald Wadagni a annoncé la rénovation complète de l’enceinte pour en faire l’un des plus beaux stades d’Afrique. Mais c’est la dernière partie de son annonce qui a fait basculer la foule : le nom du futur stade sera choisi par Porto-Novo elle-même.

Le stade Charles de Gaulle a une mémoire. Ceux qui ont grandi à Porto-Novo le savent mieux que quiconque. C’est ici que des générations de gamins ont appris à courir, à frapper dans un ballon, à rever d’un maillot. C’est ici que des finales locales ont tenu des quartiers entiers en haleine, que des athlètes sont nés à la compétition, que la ville s’est retrouvée collectivement autour de l’effort et du jeu. Cette enceinte est plus qu’une infrastructure. Elle est un lieu de mémoire, un marqueur identitaire, un endroit où Porto-Novo a appris à gagner et à perdre.

Vendredi, ce stade était comble. Pas pour un match. Pour un meeting. Et ce que le candidat Romuald Wadagni y a dit sur l’avenir de cette enceinte a changé le ton de toute la soirée.

Publicité

Des plans déjà validés

Romuald Wadagni n’est pas venu avec des intentions vagues. Il est venu avec un engagement précis, assorti d’une information que son auditoire n’attendait pas : les plans du projet de rénovation du stade Charles de Gaulle ont déjà été élaborés et validés. Le travail technique est fait. Ce qui manque, c’est l’autorité de celui qui le fera exécuter. Et c’est précisément ce que les urnes du 12 avril auront à décider.

Dans une culture politique où les promesses de stades et d’équipements sportifs ont trop souvent servi de monnaie d’échange sans lendemain, cette précision avait sa valeur. Ce n’est pas « je vais construire un stade ». C’est « les plans sont prêts, le projet est conu, il attend d’être lancé ». La nuance est considérable. Elle dit quelque chose sur la méthode de l’homme : préparer avant d’annoncer, annoncer seulement ce qu’on peut faire.

« Le stade Charles de Gaulle sera mis aux normes internationales et deviendra l’un des stades les plus magnifiques de l’Afrique. » – Romuald Wadagni

La phrase a parcouru les tribunes comme une onde. Des milliers de gens qui imaginaient à la même seconde la même chose : ce stade qu’ils connaissent par cœur, ces gradins où ils ont passé des après-midi entiers, cette pelouse abimée qu’ils ont vu tant de fois en état de souffrir – transformés. Mis au niveau des grandes enceintes du continent. Accueillant des compétitions africaines. Faisant de Porto-Novo une destination sportive. L’ambition était claire, et elle correspondait à quelque chose que la ville portait en elle depuis longtemps sans oser l’exprimer vraiment.

Hogbonou choisira son nom

Mais ce qui a fait basculer le meeting dans quelque chose de plus grand encore, c’est la dernière partie de l’annonce. Wadagni, après avoir décrit le projet de rénovation, a ajouté une formule qui n’était pas dans les discours attendus. Une formule qui ne parle pas de normes ou de budgets, mais d’identité.

« Nous allons le rendre tellement joli que nous allons devoir lui changer de nom. Ça va être à Hogbonou de lui donner ce nom. » – Romuald Wadagni

Hogbonou. Le nom originel de Porto-Novo. Celui que la mémoire yorouba et gun préserve dans les couches les plus profondes de l’identité locale, que les vieux utilisent encore dans les conversations familiales, qui apparaît sur certains documents administratifs et que beaucoup de Porto-Noviens portent en eux comme un secret précieux. Invoquer Hogbonou dans ce stade, devant cette foule, c’était toucher quelque chose que les discours politiques touchent rarement : l’âme de la ville. Son nom d’avant. Sa dignité historique.

Et en disant que c’est Porto-Novo elle-même qui choisira le nom de son stade rénové, Romuald Wadagni faisait un geste politique plus profond qu’il n’y paraîssait. Il ne donnait pas un stade à la ville. Il lui restituait quelque chose qui lui appartient. Il reconnaissait à Porto-Novo une souveraineté sur son propre patrimoine, une capacité à décider de ses propres symboles. Dans un pays où les décisions à l’emporte-pièce venus de Cotonou ont parfois été mal vécues dans la capitale, ce geste d’humililé institutionnelle avait sa propre signification.

Le sport comme levier de dignité

La promesse du stade s’inscrit dans une vision plus large que Wadagni décline depuis le début de sa campagne. Le sport, dans son programme, n’est pas un détail. C’est un outil de développement, un vecteur de cohesion nationale, un levier d’attractivité internationale. Un pays qui accueille de grandes compétitions sportives attire des investisseurs, développe son secteur touristique, construit son image à l’étranger. Et un pays qui offre à ses jeunes des équipements dignes leur dit quelque chose sur la place qu’il leur réserve.

Porto-Novo a entendu ce message dans sa double dimension. Le message politique – un candidat qui prend la capitale au sérieux, qui ne se contente pas de s’y arrêter en passage. Et le message humain – un homme qui parle de ce stade avec le ton de quelqu’un qui l’a fréquenté, qui connaît ce que ces lieux représentent dans la vie quotidienne des habitants.

Quand Adrien Houngbedji, quelques minutes plus tôt, avait crié « Peuple de Porto-Novo, voici votre président… », il scellait quelque chose que l’annonce du stade venait confirmer. Wadagni n’était pas en campagne dans une ville. Il était en train de faire des promesses à une ville qu’il connaît, qu’il respecte, à laquelle il est lié par quelque chose de plus ancien que la politique. Ce vendredi 3 avril 2026, Porto-Novo a senti qu’elle avait été prise au sérieux. Et ça, pour une ville comme elle, c’est tout sauf rien.

Laisser un commentaire