Du 19 au 21 mai 2026, Cotonou a accueilli un séminaire consacré à la désinformation, à l’intelligence artificielle (IA), à la paix et à la cohésion sociale au Bénin et en Afrique de l’Ouest. L’initiative, portée par la Fundación para la Internacionalización de las Administraciones Públicas (FIAP), en collaboration avec le groupe de presse en ligne Banouto, s’inscrit dans le cadre du projet de soutien de l’Union européenne à la CEDEAO en matière de paix, de sécurité et de gouvernance.
La rencontre a réuni une quarantaine de journalistes issus de différents médias et de plusieurs régions du Bénin autour d’échanges axés sur les défis contemporains de l’information et le rôle des médias dans la préservation de la stabilité sociale.
À l’ouverture des travaux, Gamaï Léonce Davodoun, manager général du groupe de presse Banouto, a souligné la pertinence de cette initiative dans un contexte sous-régional marqué par des tensions sécuritaires et des crises politiques persistantes. Il a également évoqué les profondes mutations de l’écosystème médiatique liées à l’essor des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle, estimant que ces évolutions redéfinissent la responsabilité des médias dans la préservation de la cohésion sociale.
Lors de la communication inaugurale, le politologue Expédit Ologou, expert en gouvernance et sécurité, s’est appuyé sur les données du Global Terrorism Index 2026 pour rappeler que six des dix pays les plus touchés par le terrorisme dans le monde se trouvent désormais en Afrique subsaharienne. Le Bénin occupe, selon ce classement, la 19ᵉ place mondiale, contre la 26ᵉ précédemment. Une évolution qui, selon lui, a des répercussions directes sur les conditions de travail des journalistes, notamment dans les régions septentrionales du pays.
Désinformation, discours de haine et intelligence artificielle
Les différentes communications ont permis de mettre en lumière les désordres informationnels qui affectent l’espace médiatique ouest-africain. Olivier Ribouis, journaliste spécialisé dans la lutte contre la désinformation et directeur de publication de Banouto, a notamment identifié plusieurs phénomènes interconnectés : désinformation, mésinformation, malinformation, complotisme et discours de haine.
Selon lui, les principaux canaux de diffusion des fausses informations demeurent WhatsApp, Facebook, TikTok et YouTube, auxquels s’ajoute le bouche-à-oreille, toujours influent dans la circulation des contenus trompeurs.
Le spécialiste a estimé que les fake news et les discours de haine constituent des « maux de la même famille ». Il a expliqué que la désinformation, entendue comme la diffusion volontaire de fausses informations dans le but de tromper ou d’influencer l’opinion publique, sert souvent de levier à la propagation des discours haineux.
Abordant la question de l’intelligence artificielle, Paul Arnaud Deguenon, spécialiste de l’innovation dans les médias, a présenté une analyse nuancée des enjeux liés à cette technologie. S’il reconnaît les opportunités qu’offre l’IA — notamment en matière de fact-checking automatisé, de détection des deepfakes et de modération des contenus haineux —, il a également alerté sur sa capacité à accélérer la propagation de la désinformation et à fragiliser économiquement les rédactions. Il a par ailleurs souligné que les vulnérabilités demeurent particulièrement importantes au Bénin, où de nombreuses rédactions restent confrontées à des insuffisances en équipements et en ressources techniques.
Le journalisme de paix comme réponse professionnelle
Face à la montée des tensions sécuritaires et à l’amplification des discours de haine, les échanges ont également mis en avant le concept de journalisme de paix comme posture professionnelle essentielle. Expédit Ologou a défini le journaliste de paix comme un médiateur dont la mission consiste à comprendre les causes profondes des conflits afin de contribuer à leur résolution à travers des productions crédibles, impartiales et responsables.
Les travaux de groupe organisés durant le séminaire ont débouché sur plusieurs recommandations opérationnelles. Parmi celles-ci figurent l’intégration d’un fact-checker dans chaque rédaction, la mise en place d’un cadre tripartite de concertation entre médias, organisations de la société civile et institutions publiques, ainsi que le renforcement des formations continues en vérification des faits, éthique, déontologie et sécurité numérique.
Les participants ont également insisté sur la nécessité d’intensifier les actions de sensibilisation des populations sur les dangers de la désinformation et des discours de haine, ainsi que leurs conséquences sur la cohésion sociale.
Ce séminaire, organisé à Cotonou, a été cofinancé par l’Union européenne, le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement ainsi que le ministère danois des Affaires étrangères. Il s’inscrit dans un projet régional plus large visant à renforcer la paix, la sécurité et la gouvernance dans l’espace CEDEAO.



