Le président de la République Bassirou Diomaye Faye a accordé ce soir une longue interview en direct, abordant sans détour les grands dossiers de son mandat : situation économique, relations avec son Premier ministre Ousmane Sonko, réformes institutionnelles et diplomatie. L’entretien, diffusé sur la télévision nationale notamment, a duré un peu plus de deux heures et a couvert un spectre inhabituellement large de sujets sensibles.
Un cap économique maintenu malgré la rupture avec le FMI
Sur le front des finances publiques, le chef de l’État a confirmé que le Sénégal avance sans accord renouvelé avec le Fonds monétaire international, tout en excluant toute rupture définitive. « Le pays tient », a-t-il déclaré, évoquant la possibilité d’un nouveau programme à moyen terme. Il a désigné 2026 comme l’année prioritaire pour l’investissement public, sous réserve des incertitudes géopolitiques mondiales, citant notamment les tensions liées au conflit iranien.
La question du pouvoir d’achat a été abordée par un triptyque : recrutements publics, bourses ciblées pour les ménages les plus vulnérables et soutien à l’agriculture — ce dernier levier ayant été questionné par le journaliste de TFM face aux signalements d’invendus agricoles. Sur les prix du carburant, le gouvernement dit vouloir maintenir la stabilité tarifaire, conditionnée à l’évolution de la conjoncture internationale. Concernant la renégociation des contrats d’exploitation, Diomaye a rappelé que ces clauses figurent dans les contrats initiaux et que l’objectif demeure une logique gagnant-gagnant avec les investisseurs.
Sonko Premier ministre, PASTEF et la question présidentielle
La relation entre le président et son Premier ministre a occupé une place centrale. Diomaye a décrit trois niveaux de liens : institutionnel, humain — soulignant que deux de ses enfants portent les prénoms d’Ousmane Sonko et de la mère de ce dernier — et politique. Sur l’éligibilité de Sonko, il a botté en touche, rappelant que ce dernier a voté lors des deux derniers scrutins.
Interrogé sur une éventuelle candidature de Sonko à la présidentielle suivante, Diomaye a répondu qu’il reste attaché à la vision « des cinquante ans de PASTEF au pouvoir », sans en faire une condition personnelle. Il a toutefois mis en garde contre une personnification excessive du parti, qui pourrait en altérer la nature collective.
Justice, diplomatie et Jeux olympiques de la jeunesse
Sur la justice, le président a réaffirmé sa non-ingérence dans les affaires judiciaires, rappelant qu’il a lui-même passé onze mois en détention entre 2021 et 2024. Il a justifié les libérations intervenues sur les dossiers en lien avec la reddition des comptes en invoquant la présomption d’innocence et la complexité des dossiers.
Côté diplomatique, il a confirmé avoir écrit directement au roi du Maroc concernant les supporters sénégalais détenus, et avoir mobilisé la représentation de la Tijaniyya dans ce dossier. Sur la candidature de l’ex-président Macky Sall à la tête d’une organisation internationale, Diomaye a indiqué ne pas avoir été contacté directement par l’intéressé.
Les Jeux olympiques de la jeunesse, dont Dakar accueillera la prochaine édition, ont été évoqués en clôture : le président a fixé comme objectif un succès total et global pour l’ensemble du pays. La tenue de cet événement représente un test logistique et organisationnel majeur pour le Sénégal, qui sera le premier pays africain à accueillir les JOJ.
