Sénégal : Diomaye a voulu éteindre Sonko, il a allumé un incendie

En signant le décret n°2026-1128 le vendredi 22 mai 2026, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye pensait reprendre la main sur un exécutif qu’il ne contrôlait plus. Trois jours plus tard, le Sénégal se retrouve sans Premier ministre, sans gouvernement et sans président de l’Assemblée nationale. Ousmane Sonko, lui, s’apprête à prendre le perchoir du Parlement.

Un limogeage qui a déclenché une réaction en chaîne

Le calcul présidentiel semblait simple : écarter un Premier ministre encombrant, nommer un successeur docile, reprendre le contrôle de l’exécutif. La réalité a été tout autre. En quelques heures, trois hauts responsables de l’administration proches de Sonko ont démissionné de leurs postes — à la tête de la SONACOS, de l’Agence de Développement Local et du Musée des Civilisations noires. Le Comité exécutif du PASTEF a dû publier un communiqué d’urgence le 23 mai pour contenir la vague, demandant aux militants occupant des fonctions étatiques de respecter les procédures officielles avant tout départ.

Le lendemain, c’est le président de l’Assemblée nationale lui-même qui a lâché le perchoir. El Malick Ndiaye, figure du PASTEF et proche de Sonko, a annoncé sa démission le 24 mai, invoquant « l’intérêt supérieur de la Nation » sans autre explication. La veille, la députée du PASTEF Yacine Samb lui avait adressé un message codé largement commenté : « Quel que soit le talent d’un danseur, il finit toujours par céder la cour à un autre. » Le message avait été compris.

Sonko de la Primature au perchoir

Ce que Diomaye Faye n’avait pas anticipé, c’est la vitesse à laquelle Sonko allait se repositionner. Dès le dimanche 24 mai, le Bureau de l’Assemblée nationale validait sa réintégration comme député. Son suppléant Ismaïla Wone avait renoncé à son siège en sa faveur. La Conférence des présidents fixait dans la foulée la date du mardi 26 mai pour l’élection du nouveau président de l’institution.

Le scénario se dessine ainsi : écarté de l’exécutif, Sonko prend la tête du législatif. Il conserve la majorité parlementaire du PASTEF — 130 sièges sur 165 —, la capacité de bloquer tout nouveau gouvernement via une motion de censure, et une immunité parlementaire retrouvée. Le député du PASTEF Abdourahmane Diouf l’avait annoncé sans ambiguïté dès le 8 mai, depuis la tribune de l’Assemblée nationale : « Si vous licenciez Ousmane Sonko, nous déposerons des motions de censure contre chaque Premier ministre que vous nommerez. »

Cette menace n’était pas rhétorique. Diomaye Faye doit désormais nommer un Premier ministre dont la nomination devra être approuvée par les députés dans un délai de trois mois. Il ne peut pas dissoudre l’Assemblée nationale avant novembre 2026, soit deux ans après le début de la législature. Le rapport de forces penche structurellement du côté de Sonko.

Une contestation constitutionnelle dans la balance

La manœuvre ne fait pas l’unanimité, y compris dans le camp juridique. L’ancien ministre Doudou Ka a publié dimanche une déclaration contestant la légalité de la réintégration de Sonko comme député, la qualifiant d’« impossibilité constitutionnelle absolue ». Son argumentation repose sur l’article 54 de la Constitution, qui pose l’incompatibilité entre fonctions gouvernementales et mandat parlementaire. Sonko étant resté Premier ministre au moment des élections législatives de novembre 2024 sans démissionner, il n’aurait, selon Doudou Ka, jamais pu exercer de mandat de député durant les 780 jours de son passage à la Primature.

Doudou Ka a appelé solennellement le Conseil constitutionnel à « exercer son rôle de gardien du droit ». Aucune saisine formelle de l’institution n’avait été confirmée au moment de la publication de cet article, et le Conseil constitutionnel n’a pas réagi publiquement.

2029, horizon de toutes les manœuvres

Derrière la crise institutionnelle, la présidentielle de 2029 structure chaque décision. Fin avril 2026, le Parlement avait adopté une réforme du code électoral rendant Sonko éligible à ce scrutin. Depuis décembre 2025, il avait officiellement annoncé sa candidature. Diomaye Faye, constitutionnellement autorisé à briguer un second mandat, avait relancé en mars 2026 sa propre coalition — la Coalition Diomaye Président — distincte du PASTEF, anticipant une rupture que le limogeage a précipitée.

Les deux hommes, qui partageaient la même cellule de prison il y a deux ans, se retrouvent désormais aux deux extrémités d’un bras de fer institutionnel. L’un tient la présidence de la République. L’autre pourrait tenir, dès ce mardi, la deuxième institution de l’État — avec la majorité parlementaire, la rue et le parti derrière lui.

Le Congrès du PASTEF, fixé au 6 juin 2026, sera le prochain test de cohésion. Aucun nouveau Premier ministre n’avait été nommé au moment de la publication de cet article.

2 réflexions au sujet de “Sénégal : Diomaye a voulu éteindre Sonko, il a allumé un incendie”

  1. L’Afrique toujours dans des querelles intestines de personnes qui ne rapportent rien aux masses et au continent en général.

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  2. En ce même moment de division politique et clanique en Afrique, les Chinois viennent de lancer un spaceship en direction de leur station paciale avec des Chinois à bord.

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