Des commerces incendiés, des migrants pourchassés dans les rues et deux Nigérians morts en garde à vue : la vague de violences xénophobes qui frappe l’Afrique du Sud depuis fin mars 2026 a conduit au moins 130 ressortissants nigérians à demander leur rapatriement. Le gouvernement d’Abuja a annoncé le 3 mai l’organisation de vols de retour volontaires, après avoir convoqué l’ambassadeur sud-africain.
La ministre nigériane des Affaires étrangères, Bianca Odumegwu-Ojukwu, a confirmé ce chiffre dans un rapport de situation publié sur son compte X, précisant qu’il « devrait augmenter » à mesure que d’autres citoyens sollicitent une assistance. L’annonce fait suite à une directive du président Bola Tinubu, qui a ordonné un suivi renforcé de la situation et une meilleure protection des Nigérians à l’étranger.
Les deux décès confirmés concernent Amamiro Chidiebere Emmanuel, mort le 25 avril des suites de coups portés par des militaires de la South African National Defence Force le 20 avril à Port Elizabeth, et Nnaemeka Matthew Andrew, dont le corps a été retrouvé le 20 avril à la morgue centrale de Pretoria après une interaction présumée avec la police métropolitaine de Tshwane. La ministre a qualifié ces incidents d’« utterly condemnable », exigeant que justice soit rendue.
Abuja convoque Pretoria
Le 4 mai, le haut-commissaire par intérim de l’Afrique du Sud a été reçu au ministère nigérian des Affaires étrangères pour répondre des « mauvais traitements infligés à des citoyens nigérians et des attaques contre leurs commerces ». Cette démarche diplomatique fait suite à une initiative similaire du Ghana, qui avait convoqué le représentant sud-africain à Accra une semaine plus tôt pour des faits comparables. Le ministre sud-africain des Affaires étrangères, Ronald Lamola, a indiqué à l’issue de ces échanges que les deux pays s’étaient engagés à « approfondir leur coopération » sur la question migratoire.
Parmi les 130 candidats au départ, une partie serait en situation irrégulière. Selon le porte-parole du ministère nigérian, Kimiebi Ebienfa, ces personnes préféreraient un retour organisé plutôt que de s’exposer à une arrestation ou à de nouvelles violences. Les associations nigérianes présentes en Afrique du Sud participent au recensement des volontaires auprès des missions diplomatiques.
Un cycle de violences structurel
Les troubles ont été précédés de manifestations organisées entre le 27 et le 29 avril à Johannesburg par des groupes anti-migrants, dont l’Opération Dudula et ActionSA. Selon la ministre Odumegwu-Ojukwu, ces rassemblements se sont déroulés dans un calme relatif sous forte présence policière, sans décès ni destruction de biens nigérians recensés durant cette période. Une nouvelle vague de manifestations est attendue entre le 4 et le 8 mai, selon la même source.
L’Afrique du Sud affiche un taux de chômage supérieur à 32 %, et les migrants africains y sont régulièrement accusés de concurrencer la main-d’œuvre locale. L’université de Witwatersrand recense, depuis 1994, 669 morts, plus de 5 000 commerces pillés et quelque 127 000 déplacés liés à des violences xénophobes.
Le gouvernement nigérian n’a pas encore communiqué de date précise pour les premiers vols de rapatriement. Les missions diplomatiques nigérianes restent en contact actif avec les autorités sud-africaines pour assurer la sécurité des ressortissants encore sur place.



