À l’occasion de l‘Africa Day Forum organisé par la Mission de l’Union africaine aux États-Unis le 1er juin 2026, Nick Checker, sous-secrétaire adjoint au Bureau des affaires africaines du Département d’État, a prononcé son dernier discours officiel à ce poste. Devant les participants réunis, il a exposé la doctrine africaine de l’administration Trump : pragmatisme, réciprocité et rejet d’une logique de confrontation systématique avec Pékin et Moscou.
Une stratégie d’économie, pas d’hégémonie
Le message de Nick Checker tranche avec le registre habituel de la rivalité de puissances. « À Washington, beaucoup d’encre est répandue sur la menace posée par la Chine, la Russie et d’autres acteurs. Mais en l’absence d’un lien clair avec les principaux intérêts nationaux, notre objectif est d’accepter le choix stratégique des Africains de se couvrir plutôt que de s’engager partout dans une concurrence à somme nulle », a-t-il déclaré.
Le haut fonctionnaire a défini les priorités de Washington sur le continent : « la sécurité, le commerce, la migration, la réciprocité et le respect mutuel. » Il a décrit une posture fondée sur « une stratégie disciplinée, pragmatique et axée sur les intérêts, ancrée dans un réalisme flexible », qu’il a qualifiée d’« approche d’économie stratégique dont les objectifs sont modestes, clairs dans les intérêts, disciplinés quant aux limites ».
Cette clarification intervient alors que les États-Unis ne comptent plus de bases militaires actives au Sahel. En août 2024, les derniers soldats américains avaient quitté la base stratégique d’Agadez au Niger après l’exigence de départ formulée par le pouvoir à Niamey. En janvier 2026, le commandement AFRICOM a officiellement renoncé à l’idée de bases permanentes en Afrique de l’Ouest, privilégiant des partenariats de coopération ciblés, notamment avec le Nigeria.
Un repositionnement face à la Chine et à la Russie
La déclaration de Checker acte un recalibrage américain sur un continent où les deux autres grandes puissances ont considérablement renforcé leur emprise. La Chine, dont les échanges commerciaux avec l’Afrique dépassent largement ceux des États-Unis, a lancé en janvier 2026 avec l’Union africaine une « Année sino-africaine des échanges interpersonnels » marquant 70 ans de relations diplomatiques. La Russie, de son côté, prépare un troisième Sommet Russie – Afrique prévu en 2026, après ceux de Sotchi et Saint-Pétersbourg, s’appuyant sur des livraisons d’armes, de céréales et sur la présence de son Africa Corps dans plusieurs pays du Sahel et d’Afrique centrale.
Face à cette double progression, Checker a revendiqué un avantage comparatif différent pour Washington : « fiabilité, transparence et suivi, qui gagneront le jour grâce à une coopération transactionnelle prévisible. » Il a ajouté que l’administration avait opéré « un changement nécessaire, passant de cadres hérités qui considéraient trop souvent l’Afrique à travers une perspective de développement uniquement, à une concentration plus claire et plus disciplinée sur la promotion d’intérêts nationaux concrets des États-Unis ».
La prochaine étape concrète de ce repositionnement américain sera le Sommet Russie – Afrique de 2026, dont la date définitive n’a pas encore été annoncée, et qui constituera un test pour la capacité de Washington à maintenir des partenariats stables sur le continent sans dispositif militaire permanent.

« Nick Checker … a prononcé son dernier discours officiel à ce poste »
Et il a attendu son dernier discour pour dire ça ?