France : le Burkina Faso met fin aux relations diplomatiques et dénonce des « ambitions néocoloniales »

Soixante-six ans après son indépendance, le Burkina Faso tranche le dernier lien institutionnel qui l’unissait à son ancienne puissance coloniale. Ce vendredi 26 juin 2026, le ministre porte-parole Gilbert Ouédraogo a annoncé officiellement la rupture totale des relations diplomatiques avec la France, accusée de « soutien actif à des réseaux subversifs et aux terroristes » qui frappent le Sahel. Une décision à effet immédiat, qui parachève trois ans de fracture ouverte entre Paris et les gouvernements de l’Alliance des États du Sahel.

Une décision motivée par des accusations de soutien au terrorisme

Dans un communiqué lu depuis Ouagadougou, le gouvernement burkinabè dénonce ce qu’il qualifie d’« activisme incessant du régime en place en France contre les intérêts du Burkina Faso » et d’« ambitions néocoloniales affichées avec le soutien actif à des réseaux subversifs et aux terroristes qui endeuillent notre pays et le Sahel ». Le texte officiel pointe également une « perfidie et partialité des discours » visant à isoler le Burkina sur la scène internationale.

Le gouvernement précise néanmoins que cette rupture « ne remet nullement en cause les liens historiques, humains, culturels et sociaux qui unissent les peuples burkinabè et français » et garantit la protection des ressortissants français présents sur le territoire. Les autorités appellent la population au calme et au civisme à l’égard des expatriés.

L’aboutissement d’une fracture diplomatique progressive

Cette décision ne surgit pas du néant. Elle intervient au terme d’une dégradation des relations entre Paris et les trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel — le Burkina Faso, le Mali et le Niger — depuis les coups d’État entre 2021 et 2023.

Le Mali avait ouvert la voie dès janvier 2022 en expulsant l’ambassadeur français Joël Meyer, avant de procéder à de nouvelles expulsions croisées en septembre 2025. Côté nigérien, le pouvoir avait exigé le départ des troupes françaises dès l’automne 2023. Le Burkina Faso avait lui aussi expulsé des diplomates français en avril 2024, selon un avis publié par le Quai d’Orsay à l’époque. En mars 2025, les trois pays de l’AES avaient franchi une étape symbolique supplémentaire en quittant conjointement l’Organisation internationale de la Francophonie.

La rupture s’accompagnait d’un pivot stratégique assumé : les gouvernements ont progressivement remplacé la coopération militaire française par le recours à la Russie — via le groupe Wagner, rebaptisé Africa Corps — et renforcé leurs liens avec la Chine sur le volet infrastructures.

Paris visé, les partenariats diversifiés

Le communiqué burkinabè annonce la poursuite d’une « politique étrangère indépendante » fondée sur « la diversification des partenariats, le renforcement de la coopération sud-sud ». L’Iran s’est récemment ajouté à la liste des interlocuteurs sécuritaires de Ouagadougou : en février 2026, le ministre burkinabè de la Guerre, le général Célestin Simporé, avait été reçu à Téhéran pour des discussions sur un partenariat défensif. La France, qui ne disposait plus d’ambassadeur en titre à Ouagadougou depuis plusieurs mois, n’a pas encore réagi officiellement à cette annonce au moment de la publication de cet article.

Selon le communiqué, la rupture prend effet ce jour même. Les modalités pratiques — statut des chancelleries, délais de fermeture des missions diplomatiques — restent à préciser.

Laisser un commentaire