Le Burkina Faso rejoint le Maroc et l'Algérie dans le contrôle des prêches religieux

Le ministre d’État chargé de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Émile Zerbo, a signé le 23 juin 2026 deux arrêtés interdisant aux prédicateurs Omar Sankara et Idrissa Sawadogo toute activité de prêche, de prédication et d’enseignement religieux sur l’ensemble du territoire burkinabè. Cette décision, prise jusqu’à nouvel ordre, sanctionne des propos jugés radicaux et de nature à compromettre la cohésion sociale et le vivre-ensemble, selon l’Agence d’Information du Burkina (AIB).

Une interdiction immédiate et sans délai annoncé

Les deux arrêtés ministériels, distincts mais formulés dans des termes identiques, confient au Secrétaire général du ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité la charge de leur exécution. Les textes précisent qu’ils seront enregistrés, publiés et communiqués partout où besoin sera, garantissant leur application sur l’intégralité du territoire national. Aucune durée n’est fixée : la levée de la mesure dépendra d’une décision ultérieure des autorités.

Sankara, connu pour ses enseignements religieux diffusés notamment via la plateforme islam.bf, et Sawadogo voient ainsi leur activité publique suspendue avec effet immédiat. Le motif retenu par le ministère reste général : des propos qualifiés de radicaux, sans détail rendu public sur leur contenu exact ni sur les circonstances précises ayant motivé la procédure.

Un encadrement religieux déjà éprouvé au Maghreb

Cette forme de régulation étatique du discours religieux n’est pas isolée sur le continent. Le Maroc, via son ministère des Habous et des Affaires Islamiques, applique depuis plusieurs années un dispositif comparable : les sermons du vendredi y sont harmonisés au niveau national, et plusieurs imams ont été suspendus pour s’en être écartés. En septembre 2024, le ministère avait ainsi suspendu un imam de la Grande Mosquée de Ksar Sghir après qu’il eut abordé les événements de Gaza dans son sermon, en dehors du cadre fixé par le Conseil Scientifique Suprême. Un mois plus tôt, un autre prédicateur avait été démis de ses fonctions à Tanger pour des commentaires personnels jugés non conformes aux orientations ministérielles.

En Algérie, le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs dispose d’un pouvoir similaire de contrôle préalable des sermons, exercé à l’échelle de chaque wilaya. L’État algérien a déjà procédé au renvoi de plusieurs dizaines d’imams et à la fermeture de lieux de culte non autorisés, dans une politique présentée par les autorités comme une garantie de l’unité nationale et une prévention contre les discours radicaux. Le ministre algérien des Affaires religieuses avait notamment mis en avant l’expérience nationale de formation des imams comme modèle de prévention, suscitant l’intérêt de plusieurs pays partenaires souhaitant s’en inspirer.

Dans les deux pays, ce mécanisme d’encadrement repose sur un principe commun : la délivrance d’une autorisation préalable pour exercer la fonction de prédicateur, assortie d’un droit de retrait en cas de manquement aux règles fixées par l’État. Le ministère burkinabè de l’Administration territoriale s’appuie sur une logique de sanction comparable, bien que le cadre institutionnel diffère : contrairement au Maroc et à l’Algérie, où des ministères dédiés aux affaires religieuses encadrent en amont le contenu des sermons, le Burkina Faso a recours à un arrêté ministériel ponctuel, pris dans le cadre plus large des prérogatives de l’Administration territoriale en matière d’ordre public.

Une mesure sans précédent direct au Burkina Faso

Aucun arrêté de portée nationale visant des prédicateurs n’avait été recensé jusqu’ici au Burkina Faso pour un motif similaire. La mesure du 23 juin 2026 marque ainsi une première application, à l’échelle du territoire, d’un pouvoir d’interdiction jusque-là peu mobilisé par l’Administration territoriale dans le champ religieux.

L’exécution des deux arrêtés revient désormais au Secrétaire général du ministère, chargé d’en assurer la diffusion et le respect sur l’ensemble du pays. Aucune échéance n’a été communiquée quant à un réexamen de la situation des deux prédicateurs concernés.

1 réflexion au sujet de “Le Burkina Faso rejoint le Maroc et l'Algérie dans le contrôle des prêches religieux”

  1. Là dessus, il n’y a rien à dire.

    D’autres pays y compris développés, ainsi que le Bénin devraient raffermir contrôles et sanctions le cas échéant.

    Certains prêches dans ces pays restent de vrais appels au meurtre

    \\\\.///
    (@_@)

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