L’Organisation des Nations Unies a établi officiellement le lien entre le pillage des arsenaux libyens en 2011 et la présence d’armes entre les mains de groupes extrémistes au Sahel. La déclaration a été faite mardi au siège de l’ONU à New York par Izumi Nakamitsu, Sous-Secrétaire générale chargée des affaires de désarmement, devant des délégués réunis pour examiner la circulation mondiale des armes illicites.
Du champ de bataille libyen aux groupes armés sahéliens
Nakamitsu a cité la Libye comme cas d’école de la dispersion post-conflit des armements. Les armes issues du démantèlement du régime de Mouammar Kadhafi ont transité vers plusieurs pays de la région : Niger, Burkina Faso et Nigéria. Certaines ont été formellement identifiées lors de saisies opérées sur des groupes extrémistes actifs dans ces pays. « La fin du conflit ne signifie pas la fin de la circulation de ces armes ; elles demeurent, et continuent de faire des victimes », a déclaré la haute fonctionnaire onusienne.
Ce constat n’est pas inédit. Dès janvier 2012, le Conseil de sécurité de l’ONU avait alerté, dans un rapport d’évaluation sur l’impact de la crise libyenne dans la région sahélienne, sur le risque de dispersion des armes pillées vers des groupes comme Boko Haram. Des investigations menées entre 2017 et 2018 par l’organisation Conflict Armament Research avaient par la suite retrouvé au Nigéria des armements dont l’origine pouvait être rattachée aux stocks militaires libyens.
Un enjeu de sécurité régionale durable
La déclaration de Nakamitsu intervient lors des discussions onusiennes sur un instrument international de traçabilité des armes légères. Le Traité sur le commerce des armes, en vigueur depuis 2014 et ratifié par plus de 110 États, impose aux signataires d’évaluer le risque de détournement avant toute exportation — une obligation que la dispersion post-libyenne montre a posteriori.
La Conférence des États parties au Traité sur le commerce des armes doit tenir sa prochaine session en août 2026 à Genève, où la question du suivi des flux illicites dans la région sahélienne figure parmi les points à l’ordre du jour.
