Le Groupe d’action financière a retiré l’Algérie et la Namibie de sa liste grise des juridictions sous surveillance renforcée, à l’issue d’une réunion plénière tenue à Paris ce vendredi 19 juin. L’organisation intergouvernementale a en parallèle inscrit la Bosnie-Herzégovine et l’Irak sur cette même liste, qui recense les pays présentant des lacunes dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
L’Algérie figurait sur cette liste depuis octobre 2024. Sa sortie intervient après une visite d’évaluation menée sur place par des experts du GAFI à Alger en avril dernier, destinée à vérifier l’application concrète des réformes engagées par les autorités. Dès février 2026, l’organisation avait estimé que le pays avait substantiellement complété son plan d’action. La Namibie suivait un parcours similaire, inscrite sur la liste aux côtés de plusieurs autres pays africains depuis 2024.
Des mesures bancaires resserrées
Pour sortir de cette surveillance, l’Algérie a mis en place plusieurs dispositifs concrets. Les autorités ont interdit le paiement en espèces pour les transactions immobilières et l’acquisition de véhicules neufs. Les contrôles sur les versements de sommes en liquide sur les comptes bancaires ont également été durcis, dans le cadre d’un ensemble de décrets et de procédures adoptés depuis l’inscription du pays sur la liste. Ce passage sous surveillance n’était pas une première pour l’Algérie. Le pays avait déjà figuré sur la liste grise en 2011, avant d’en sortir cinq ans plus tard au terme d’un premier cycle de réformes.
Un effet direct sur l’accès au financement
L’inscription sur la liste grise du GAFI entraîne des conséquences concrètes pour les pays concernés, indépendamment de toute aide humanitaire ou de développement, qui n’est pas affectée par ce classement. La Commission européenne aligne sa propre liste des pays à haut risque sur celle du GAFI : l’Algérie et la Namibie y figuraient depuis juin 2025, aux côtés de l’Angola, de la Côte d’Ivoire, du Kenya, du Laos, du Liban, de Monaco, du Népal et du Venezuela.
Cette classification impose aux établissements financiers européens une vigilance renforcée sur les transactions impliquant les pays listés, ce qui complique l’accès aux financements internationaux et ralentit certains flux bancaires transfrontaliers. La sortie de la liste grise du GAFI devrait à terme entraîner un retrait correspondant de la liste européenne, sous réserve de la procédure de mise à jour propre à la Commission européenne, qui doit encore être validée par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne.
Pour les opérateurs économiques algériens et namibiens, cette levée de la surveillance renforcée est de nature à rassurer les partenaires bancaires et à faciliter, sur le moyen terme, l’entrée de capitaux étrangers. L’Afrique du Sud, le Nigeria, le Mozambique et le Burkina Faso avaient connu une trajectoire comparable en octobre 2025, date à laquelle ils avaient eux-mêmes quitté la liste grise après plusieurs années de surveillance.
Des pays toujours sous contrôle
Plusieurs États africains restent sous surveillance renforcée, parmi lesquels l’Angola, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, le Kenya et le Soudan du Sud. La liste noire du GAFI, réservée aux juridictions présentant les lacunes les plus graves, demeure inchangée, avec l’Iran, la Corée du Nord et le Myanmar.
La prochaine réunion plénière du GAFI, qui pourrait acter de nouveaux mouvements sur cette liste, est habituellement programmée pour le mois d’octobre.
