Merz défend à l'UE une "adhésion associée" pour l'Ukraine, avec assistance mutuelle en cas d'attaque

Le chancelier allemand Friedrich Merz a porté devant ses homologues européens, jeudi 18 juin, à l’occasion du sommet du Conseil européen à Bruxelles, un projet de statut intermédiaire pour l’Ukraine au sein de l’Union européenne. Réunis pour deux jours, les vingt-sept chefs d’État et de gouvernement examinent ce dossier parallèlement aux retombées économiques chinoises et au prochain cadre financier pluriannuel du bloc.

Le scénario défendu par Berlin prévoit une « adhésion associée » pour Kiev, formule présentée comme inédite dans le processus d’élargissement européen. Elle comprendrait un statut d’observateur permettant à des représentants ukrainiens d’assister aux réunions des institutions de l’UE, ainsi qu’une clause d’assistance mutuelle en cas d’attaque armée contre le pays.

Un statut conçu comme palier avant l’adhésion complète

Le dispositif porté par le chancelier allemand ne remplace pas la procédure d’adhésion classique, fondée sur le respect de critères politiques et économiques par chapitres de négociation. Il viserait plutôt à offrir à l’Ukraine une présence institutionnelle anticipée, sans attendre la conclusion d’un processus que plusieurs dirigeants européens jugent encore long de plusieurs années.

Un haut diplomate européen cité par Euronews a résumé la ligne dominante au sein du Conseil : « Il n’y a qu’une seule voie, celle du mérite, et nous savons ce qu’implique le mérite. » Selon ce même responsable, l’adhésion implique qu’un pays candidat accepte de voir adoptées, sans droit de veto immédiat sur une large part des textes, des règles touchant directement sa législation nationale — un point sensible pour une opinion publique européenne encore partagée sur un élargissement aussi vaste.

Une initiative allemande déjà repoussée par Kiev

Ce n’est pas la première fois que Friedrich Merz avance cette idée. Le 23 mai, dans une lettre adressée au président du Conseil européen António Costa, le chancelier avait déjà proposé d’accorder à l’Ukraine un statut de membre associé, assorti d’un commissaire européen sans portefeuille et de députés européens sans droit de vote au Parlement. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait alors qualifié cette proposition d’injuste dans une lettre adressée aux dirigeants de l’UE, estimant qu’il serait inéquitable pour son pays de siéger au sein de l’Union sans disposer d’une réelle capacité de décision.

La relance de ce projet au sommet de juin intervient après un changement institutionnel récent. Début juin, la Hongriede Viktor Orban, jusque-là opposée à toute avancée, a levé son veto à la suite de l’élection de Peter Magyar. Cette levée de blocage a permis aux Vingt-Sept de s’accorder, le 12 juin, sur l’ouverture du premier groupe de négociations d’adhésion avec l’Ukraine et la Moldavie, ouverture formalisée lundi 15 juin lors d’une conférence intergouvernementale consacrée au chapitre dit « des fondamentaux », portant notamment sur l’État de droit et la lutte contre la corruption.

Des négociations d’adhésion qui restent longues

Cette double dynamique — reprise des négociations formelles d’un côté, proposition d’un statut transitoire de l’autre — illustre la difficulté de l’UE à concilier l’urgence politique liée à la guerre avec la Russie et la lenteur structurelle du processus d’adhésion. Plusieurs dirigeants européens évoquent un délai de dix à quinze ans avant une intégration complète de l’Ukraine, loin de l’objectif de 2030 fixé par Kiev. Le secteur agricole ukrainien, qui représente un poids considérable pour un pays de 40 millions d’habitants, figure parmi les points de friction les plus sensibles, notamment pour la France.

Le sommet de Bruxelles doit se conclure vendredi 19 juin par des conclusions communes, qui préciseront si la proposition allemande d’adhésion associée a recueilli un soutien suffisant pour être formellement inscrite à l’agenda des prochaines discussions du Conseil européen.

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