Iran et Ukraine s'accordent pour éviter l'escalade après la frappe de Kiev sur un navire iranien

Un marin est mort et un autre a été blessé samedi lors d’une attaque de drone contre un navire commercial iranien près du port russe d’Astrakhan, dans le delta de la Volga. Trois jours plus tard, mardi, un appel téléphonique entre les chefs de la diplomatie iranienne et ukrainienne a permis d’écarter le risque d’un affrontement direct entre les deux pays.

Un appel téléphonique pour désamorcer la crise

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, s’est entretenu mardi avec son homologue iranien, Abbas Araghchi. Sur le réseau social X, Sybiha a assuré avoir souligné la nécessité de renoncer à toute mesure d’escalade, tout en réclamant la fin du soutien iranien à la guerre russe. Il a précisé que les actions de son pays visaient uniquement à se défendre contre l’agression russe, sans intention de viser des civils.

(📲 Ne ratez aucune de nos news géopolitiques! Rejoignez 👉 LNT Inter sur WhatsApp !)

De son côté, Araghchi a confirmé cet échange dans un message publié sur X. Il affirme avoir reçu l’assurance que la frappe n’était pas intentionnelle et que Kiev ne cherchait pas l’escalade. Le chef de la diplomatie iranienne ajoute que Téhéran partage cette volonté d’apaisement, tout en réclamant une compensation pour les pertes subies.

Une posture initiale beaucoup plus offensive

Ce ton conciliant tranche avec les déclarations d’Araghchi au lendemain de la frappe. Dimanche, il avait qualifié l’attaque de violation de la Charte des Nations unies, l’attribuant à une manœuvre israélienne visant à entraîner l’Europe dans le conflit — une accusation qu’aucune preuve publique n’est venue étayer. Le ministère iranien des Affaires étrangères avait alors convoqué le chargé d’affaires ukrainien à Téhéran pour lui remettre une protestation formelle.

Sur le plan diplomatique, l’Iran avait également porté l’affaire devant l’Union européenne et la Russie, avec des appels séparés aux ministres Kaja Kallas et Sergueï Lavrov, réclamant une réponse ferme de la communauté internationale.

Un débat qui divise la scène politique iranienne

En interne, l’opportunité d’une réplique militaire fait débat. Dans le quotidien Asr-e Iran, l’analyste Maziar Aghazadeh a jugé qu’une frappe de missiles ou de drones contre l’Ukraine offrirait un effet dissuasif limité tout en exposant l’Iran à un conflit prolongé aux coûts disproportionnés. À l’inverse, la presse conservatrice, à l’image du quotidien Kayhan, a présenté l’incident comme le résultat d’une manœuvre concertée occidentale et israélienne destinée à détourner l’attention de Téhéran du détroit d’Ormuz.

La mer Caspienne, où s’est produite la frappe, constitue depuis plusieurs mois un axe logistique privilégié entre Moscou et Téhéran. D’après des responsables américains cités par le New York Times, Moscou s’en sert pour livrer du matériel destiné à l’industrie iranienne des drones, un secteur fortement affaibli par les affrontements récents avec Israël. Cette étendue d’eau fermée, difficile à surveiller pour les flottes occidentales, permet à Téhéran de contourner en partie le blocus américain du détroit d’Ormuz. Selon le Centre ukrainien de lutte contre la désinformation, aucune préparation d’une riposte iranienne par missiles balistiques n’a été observée à ce stade.

Laisser un commentaire