L’Assemblée législative du Peuple a adopté à l’unanimité, samedi 20 juin 2026 à Ouagadougou, le projet de loi portant libertés religieuses au Burkina Faso. Le texte, composé de 112 articles répartis en six titres, fixe pour la première fois un cadre juridique national pour l’exercice du culte.
Le vote intervient après plusieurs mois d’examen parlementaire. Le projet avait été adopté en Conseil des ministres le 19 mars 2026, sous la présidence du capitaine Ibrahim Traoré. La Commission des affaires générales, institutionnelles et des droits humains de l’ALP a ensuite procédé à l’audition du gouvernement le 13 juin 2026, avant l’intégration de 202 amendements de forme et de fond dans la version finale soumise au vote.
Un encadrement strict des lieux de culte
Le texte fixe les conditions de création, d’implantation et de fonctionnement des édifices religieux. L’ouverture d’un lieu de culte sera désormais soumise à une autorisation du haut-commissaire de la province concernée. Le texte interdit l’érection d’un édifice religieux dans les services publics, à l’exception des formations sanitaires, des établissements pénitentiaires et des camps militaires. La directrice générale des affaires religieuses, coutumières et traditionnelles, Mariam Sanogo, a précisé que la prière individuelle reste autorisée dans ces lieux : seule la construction de structures dédiées au culte y est proscrite. Les situations existantes qui ne respecteraient pas ces nouvelles règles devraient être mises en conformité dans un délai déterminé par les textes d’application.
Prédicateurs étrangers et financement sous contrôle
Le texte impose aux prédicateurs et ministres du culte résidant à l’étranger d’obtenir une autorisation préalable avant toute activité religieuse sur le territoire burkinabè. Les responsables religieux devront justifier de compétences reconnues et certifiées, et les prédications de masse ne pourront être dirigées que par des personnes habilitées à cet effet. Toute association religieuse devra par ailleurs s’affilier à une faîtière reconnue par l’État, chargée de mettre en place ses propres organes de contrôle des prédications.
Un organe national sera créé pour superviser ces prédications, former les apprenants religieux et homologuer les compétences des responsables de culte. Le texte introduit également des mécanismes de transparence dans la gestion des ressources financières des organisations religieuses, tout en préservant leur autonomie de fonctionnement. Des sanctions sont prévues en cas de manquement à ces obligations, ainsi que pour les propos haineux, discourtois ou dénigrants visant une autre religion ou ses fidèles.
Protection des enfants et lutte contre la mendicité forcée
Le ministre d’État chargé de l’Administration territoriale, Émile Zerbo, a insisté sur la protection des personnes vulnérables contre toute forme d’exploitation liée à la religion, citant en particulier la mendicité forcée des enfants. Selon lui, aucune considération religieuse ne saurait justifier de telles pratiques. Le texte vise également à prévenir le radicalisme religieux et à assainir l’occupation des espaces publics à des fins cultuelles.
Le processus d’élaboration du texte avait été engagé dès 2015, avec la participation de l’État, des confessions religieuses et des organisations de la société civile. La CAGIDH a recommandé au gouvernement d’assurer une large vulgarisation du texte auprès des communautés à la base, notamment par des traductions en langues nationales, et de réaliser sans délai un état des lieux des édifices religieux existants pour préparer la mise en œuvre du texte.
