Un nouveau secteur militaire tri-frontalier est en cours de création entre le Nigeria, le Bénin et le Niger pour contenir la progression des groupes jihadistes venus du Sahel. L’annonce a été faite par le ministre nigérian de la Défense, le général à la retraite Christopher Musa, dans un entretien accordé à l’agence de presse française AFP, relayé par le média nigérian Vanguard.
Un dispositif militaire encore en construction
Selon Vanguard, le projet de secteur commun couvrant la frontière entre les trois pays reste un chantier ouvert, sans échéance fixée. Christopher Musa a indiqué que cette initiative répond à l’avancée de combattants venus du Burkina Faso vers le nord-ouest nigérian, en passant par le territoire béninois. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, est cité comme le principal vecteur de cette infiltration régionale, aux côtés de la branche sahélienne de l’État islamique, déjà visée par des frappes américaines dans la même zone.
Le ministre a précisé que les relations avec Niamey demeurent compliquées sur le plan politique, sans que cela n’empêche la coordination sur le terrain. Il a affirmé que les autorités nigériennes « savent combien il est important de ne laisser aucune brèche » face aux groupes armés, selon les propos rapportés par Vanguard.
Des troupes béninoises déjà présentes sur le sol nigérian
La coopération avec le Bénin s’explique par la présence de militaires béninois en territoire nigérian, documentée par plusieurs vidéos ayant circulé récemment en ligne. Christopher Musa a affirmé que cette présence s’appuie sur une autorisation ancienne entre les deux pays, et non sur une intervention improvisée. Des sources sécuritaires avaient déjà indiqué à l’AFP que l’armée nigériane collaborait, sur son propre sol, avec des milices anti-djihadistes béninoises.
Ce renforcement fait suite à un conflit que Abuja mène depuis 2009 contre des groupes armés locaux, longtemps concentré dans le nord-est du pays autour de Boko Haram, mais qui gagne désormais le nord-ouest sous l’effet de l’expansion des réseaux sahéliens. Un enlèvement rare visant une école dans le sud-ouest nigérian en mai a également été attribué à des djihadistes, signe d’une extension géographique de la menace.
Une tournée régionale annoncée
Christopher Musa a annoncé son intention de se rendre prochainement au Burkina Faso, au Mali et au Niger, trois États dirigés par des autorités militaires ayant rompu avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest pour fonder l’Alliance des États du Sahel. Cette démarche marquerait une tentative de dialogue sécuritaire direct avec des gouvernements que le Nigeria n’a pas toujours traités comme des partenaires privilégiés depuis leur rupture avec le bloc régional.
La situation électorale pèse également sur ce renforcement militaire. Le gouvernement nigérian redoute que la dégradation sécuritaire dans les zones frontalières ne compromette la participation des électeurs à l’élection présidentielle prévue en janvier, notamment dans les régions déjà affectées par les violences armées.
Aucune date n’a été communiquée pour l’activation officielle du secteur militaire conjoint entre les trois pays, le ministre nigérian de la Défense ayant indiqué que les modalités précises restent en discussion entre les états-majors concernés.
