Le chanteur nigérian Paul Okoye, connu sous le nom de Rudeboy et ancien membre du groupe Psquare, a interpellé les autorités de son pays sur leur capacité à gérer les affaires publiques. Dans une story publiée sur son compte Instagram le 15 juin, l’artiste a écrit : « Mon Dieu, qui est aux commandes du Nigeria ? Qui dirige vraiment ce pays ? … parce que cette histoire de réhabilitation me fait penser le contraire. Genre,… Je suis confus. »
Cette sortie s’ajoute à une série de critiques formulées ces derniers mois par des responsables politiques, des chercheurs et des organisations de la société civile sur la conduite des affaires nationales sous la présidence de Bola Tinubu.
Un bilan social contesté malgré la candidature de Tinubu
Le président Tinubu, désigné candidat unique de son parti pour la présidentielle de 2027, fait face à une contestation sur le terrain. L’inflation, qui avait dépassé 30 % en 2024, restait proche de 15 % au début de l’année 2026, tandis que les prix du carburant ont été multipliés par quatre depuis son arrivée au pouvoir. La Banque mondiale évalue à environ 60 % la part de la population vivant sous le seuil de pauvreté, soit une progression de quatre points sur la période. Le chef de l’État est également mis en cause pour son incapacité à juguler l’insécurité, entre attaques djihadistes dans le nord-est et violences armées dans plusieurs autres régions du pays.
Le gouvernement oppose à ce constat un bilan sécuritaire qu’il juge tangible. Le 12 juin, le président Bola Tinubu a déclaré que plus de 13 000 « terroristes » avaient été neutralisés en un an et que les violences liées à l’insurrection avaient reculé de 81 % depuis 2023. Il a aussi cité le programme Safe Corridor, qui aurait permis la réinsertion de plus de 124 000 ex-combattants et membres de leurs familles, ainsi que des opérations contre l’État islamique en Afrique de l’Ouest.
Tensions politiques à l’approche de 2027
Le débat sur la gouvernance s’est récemment durci sur le plan judiciaire. L’ancien gouverneur de l’État de Kaduna, Nasir El-Rufai, figure de l’opposition, fait l’objet de poursuites engagées par le gouvernement fédéral, qui l’accuse d’avoir mis sur écoute le téléphone du conseiller à la sécurité nationale Nuhu Ribadu. La présidence nigériane a de son côté qualifié d’inutiles les attaques de l’opposition contre la loi électorale de 2026, affirmant que ce texte avait suivi l’ensemble des procédures parlementaires requises, consultations publiques incluses.
Face à ces tensions, des acteurs de la société civile ont tenté d’ouvrir un espace de réflexion distinct des joutes partisanes. En février, l’organisation African Leadership Initiative West Africa a réuni à Lagos des responsables de divers secteurs lors d’un dialogue national consacré au renforcement des institutions et aux réformes de gouvernance jugées nécessaires pour soutenir le développement du pays sur le long terme.
La sortie de Rudeboy, suivi par plusieurs millions d’abonnés, intervient dans ce cadre où les appels se multiplient au-delà des cercles politiques traditionnels. Aucune réaction officielle du gouvernement nigérian à ses propos n’avait été enregistrée à la mi-journée du 16 juin.
