Algérie : comment quatre opérateurs ont raflé 700 000 moutons destinés à l'Aïd sans concurrence

Sur près d’un million de moutons importés en Algérie pour l’Aïd Al-Adha 2026, 700 000 têtes ont été attribuées à seulement quatre opérateurs privés, en dehors des règles de la concurrence. Le procureur général près la Cour d’Alger, Mohamed Kamel Ben Boudiaf, a détaillé samedi le résultat de l’enquête ordonnée début juin par le président Abdelmadjid Tebboune. Treize personnes ont été placées en détention provisoire.

Un basculement vers l’entente directe

Le montage initial prévoyait une mise en concurrence à l’échelle internationale. Le parquet affirme que ce cadre a ensuite été abandonné en cours de route, la commande la plus importante — 700 000 bêtes sur un total de plus d’un million — se retrouvant finalement confiée sans appel d’offres à un cercle limité de quatre sociétés privées. L’opération, menée entre le 25 mars et le 29 mai 2026 pour le compte de l’Algérienne des viandes rouges (ALVIAR), portait au total sur 1 002 332 têtes ovines.

L’enquête pointe par ailleurs des différences de tarifs jugées anormales selon les lots, sans justification apparente : un écart pouvant atteindre 15 % entre certaines commandes, révélateur selon le magistrat d’une gestion défaillante et de possibles surfacturations. Les moutons acheminés par bateau ont coûté entre 5,25 et 6 euros le kilogramme ; ceux transportés par avion sont revenus à 900 euros la tête. Le parquet évoque aussi la falsification des procès-verbaux des commissions d’ouverture des plis et d’évaluation, antidatés pour donner une apparence de légalité aux procédures.

Des manquements sanitaires à Béjaïa

Le volet sanitaire de l’enquête a mis en évidence un défaut de réaction des autorités compétentes face à des cargaisons présentant des symptômes cliniques, notamment au port de Béjaïa, où certaines expéditions n’ont pas été rejetées malgré les risques constatés.

L’enquête, confiée aux services de police, de gendarmerie, de la sécurité intérieure et de la sécurité extérieure, a été ouverte sur instruction du pôle pénal économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, après la détection de signes de dysfonctionnements dans l’opération.

Quarante et un mis en cause, treize écroués

Au total, 41 personnes ont été déférées devant le procureur de la République près le pôle pénal économique et financier, pour abus de fonction, trafic d’influence, dilapidation de deniers publics, violation des règles relatives aux marchés publics et blanchiment d’argent. Après leur audition, le juge d’instruction a ordonné le placement en détention provisoire de 13 accusés et la mise sous contrôle judiciaire des 28 autres mis en cause, pour la plupart responsables de points de vente, poursuivis pour négligence manifeste.

L’opération d’importation avait été lancée pour contenir la hausse des prix des moutons locaux et permettre au plus grand nombre de citoyens d’acquérir l’animal du sacrifice à un tarif abordable. Le 7 juin, le président Tebboune avait ordonné l’ouverture d’une enquête sur l’ensemble des insuffisances ayant marqué l’organisation et la distribution de l’opération.

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