La perspective d’un départ de Vladimir Poutine ne suffirait pas à modifier la posture stratégique de la Russie, estime le chef du renseignement militaire suédois. Dans un entretien accordé à Bloomberg, Thomas Nilsson juge que la menace représentée par Moscou pour ses voisins devrait perdurer bien au-delà du mandat de l’actuel président russe, alors que les tensions avec l’OTAN restent vives.
Pour Thomas Nilsson, directeur du Service de renseignement militaire et de sécurité suédois (MUST), la confrontation entre la Russie et les pays occidentaux ne relève plus d’une crise passagère. Le responsable suédois estime que les choix stratégiques opérés par le Kremlin installent une rivalité appelée à durer, indépendamment d’un éventuel changement de dirigeant à Moscou.
« Nous ne considérons pas cette crise comme temporaire. La Russie a fait son choix, et il n’y a pas de retour possible », a-t-il déclaré à Bloomberg.
Le renseignement suédois anticipe une menace durable
Selon le chef du MUST, la Russie conserverait une capacité d’intimidation envers les États voisins même après la fin de l’ère Poutine. Il considère que la politique de sécurité russe repose désormais sur des orientations de long terme plutôt que sur la seule personnalité du président actuel.
Thomas Nilsson estime également que Moscou prépare un renforcement progressif de son dispositif militaire sur son flanc nord-ouest, en particulier à proximité de la Finlande. D’après lui, ces projets restent toutefois limités par les ressources actuellement mobilisées pour la guerre en Ukraine. Une fois ses capacités militaires reconstituées, la Russie chercherait à concrétiser ces plans.
Ces déclarations interviennent alors que plusieurs médias nordiques ont récemment diffusé des images satellites montrant l’extension de certaines infrastructures militaires russes près de la frontière avec la Finlande. Les autorités russes soutiennent, de leur côté, que ces aménagements répondent à des besoins défensifs.
L’élargissement de l’OTAN continue d’alimenter les tensions
L’analyse du renseignement suédois intervient dans un climat de fortes tensions entre Moscou et l’Alliance atlantique. La Suède est devenue le 32ᵉ membre de l’OTAN en mars 2024, mettant fin à plus de deux siècles de politique de non-alignement militaire. Cette adhésion est intervenue près d’un an après celle de la Finlande, dont la frontière terrestre avec la Russie s’étend sur environ 1 340 kilomètres.
À plusieurs reprises, Vladimir Poutine a dénoncé l’entrée de ces deux pays nordiques dans l’Alliance, estimant qu’elle modifiait l’équilibre sécuritaire régional. Le président russe avait averti que la Russie adapterait son dispositif militaire en réponse à cet élargissement.
Les autorités suédoises continuent, pour leur part, de renforcer leurs capacités de défense et de coopération avec les alliés de l’OTAN. Stockholm considère que l’évolution de la posture militaire russe devra être suivie sur le long terme, y compris au-delà de la guerre en Ukraine et d’un éventuel changement de pouvoir au Kremlin.
