Deux pays, deux refus en moins d’une semaine : le Scarlet Lady, navire affrété par la compagnie Atlantis Events, s’est vu interdire l’entrée dans les eaux égyptiennes jeudi, quelques heures seulement après un rejet similaire par la Turquie. À son bord, environ 2 000 passagers LGBTQ+, dont la comédienne américaine Patti LuPone, se retrouvent pour la seconde fois en quelques jours privés d’escale.
Un itinéraire bouleversé deux fois en une semaine
Le navire, propriété du groupe Virgin Voyages, a quitté Athènes le 5 juillet pour une croisière de dix nuits en Méditerranée. Les autorités turques avaient d’abord annulé les escales prévues à Kuşadası et Istanbul, estimant que le groupe affrété ne correspondait pas à « la structure de notre société et à nos valeurs morales ». Les organisateurs avaient alors revu l’itinéraire pour intégrer une escale à Alexandrie, en Égypte, suivie d’un passage en Crète.
Peu avant l’arrivée prévue du bateau dans le port égyptien, les passagers ont reçu une notification via l’application de Virgin Voyages les informant que l’entrée dans les eaux égyptiennes leur était également refusée. Contrairement à la Turquie, les autorités égyptiennes n’ont donné aucune justification publique à cette décision.
Une décision qui surprend les organisateurs
Le directeur général d’Atlantis Events, Rich Campbell, aurait indiqué aux passagers que la nouvelle constituait une surprise, ajoutant que la compagnie avait réalisé un itinéraire comparable l’année précédente sans encombre. Il aurait qualifié la situation d’« inédite » en 36 ans d’existence de la compagnie, précisant que les équipes d’Atlantis et de Virgin Voyages avaient travaillé sans relâche pour rendre possible l’escale à Alexandrie. Selon la chaîne canadienne CBC, environ 1 900 passagers seraient présents à bord, majoritairement des ressortissants américains, aux côtés de voyageurs venus du Canada, du Royaume-Uni et d’Australie.
Des tensions croissantes en toile de fond
Le refus turc intervient alors que les autorités durcissent leur position envers les communautés LGBTQ+ sous la présidence de Recep Tayyip Erdoğan. L’homosexualité n’est pas illégale en Turquie, mais la Marche des fiertés d’Istanbul est interdite depuis plusieurs années. En Égypte, aucune loi ne criminalise explicitement l’homosexualité, mais la loi 10/1961, dite loi sur la « débauche », est régulièrement utilisée par la justice pour poursuivre des personnes LGBTQ+, avec des peines pouvant aller jusqu’à trois ans de prison.
Une autre compagnie spécialisée dans les croisières LGBTQ+, VACAYA, a indiqué n’avoir jamais été refusée dans un port, y compris en Turquie et en Égypte par le passé, qualifiant ces deux refus consécutifs d’« inhabituels ». Ni Virgin Voyages, ni Atlantis Events, ni les autorités égyptiennes n’ont communiqué à ce stade sur un nouveau port de remplacement. Le navire doit achever sa croisière à Trieste, en Italie, le 15 juillet.
