Une remise de prix controversée refait surface sept mois après les faits. FairSquare, organisation britannique de défense des droits humains, avait déposé le 8 décembre 2025 une plainte contre le président de la Fifa, Gianni Infantino, pour violation présumée du devoir de neutralité politique. Le 29 juin dernier, 50 membres du Parlement européen ont adressé une lettre à l’instance pour appuyer cette démarche et réclamer l’ouverture d’une enquête.
Un prix décerné à Donald Trump au cœur du litige
Le déclencheur remonte au 5 décembre 2025, lors du tirage au sort de la Coupe du monde 2026 au Kennedy Center, à Washington. Ce jour-là, Infantino a remis au président américain Donald Trump le tout premier « FIFA Peace Prize ». Une vidéo diffusée sur place saluait les initiatives de politique étrangère du dirigeant américain, avant qu’Infantino ne s’adresse directement à lui sur scène : « Vous pouvez toujours compter sur mon soutien, Monsieur le Président. »
Dans sa plainte de huit pages transmise à la Chambre d’instruction de la Commission d’éthique de la Fifa, FairSquare estime que la remise d’un tel prix à un dirigeant politique en exercice constitue à elle seule une infraction à l’article 15 du Code d’éthique de la Fifa, qui impose aux dirigeants du football de rester neutres dans leurs rapports avec les gouvernements. L’ONG demande également que soit clarifié le processus de décision interne ayant conduit à la création de ce prix, une question qui, selon les statuts de la Fifa, relève normalement des 37 membres de son Conseil et non de son seul président.
Un soutien politique inédit depuis l’affaire Blatter
La lettre des eurodéputés, révélée par FairSquare, va plus loin en demandant explicitement si la décision de créer puis d’attribuer ce prix a été prise par le Conseil de la Fifa, par son bureau, ou unilatéralement par Infantino lui-même. Portée par des élus de 13 pays européens, dont l’Irlandais Barry Andrews, elle constitue selon l’ONG l’intervention politique la plus significative dans la gouvernance du football mondial depuis l’appel du Parlement européen à la démission de Sepp Blatter en 2015.
À ce stade, seule la fédération de football norvégienne a publiquement rejoint cette demande d’enquête parmi les 211 membres de la Fifa. La plainte initiale de FairSquare mentionnait aussi les prises de position répétées d’Infantino en faveur de Trump, notamment son plaidoyer sur les réseaux sociaux pour que ce dernier reçoive le prix Nobel de la paix, finalement attribué à la Vénézuélienne Maria Corina Machado.
Cette affaire se déroule alors qu’un rapprochement plus large lie les deux hommes : la Fifa a ouvert des bureaux dans la Trump Tower, à New York, et Trump a par ailleurs déclaré avoir reçu d’Infantino dix billets pour la finale de la Coupe du monde des clubs 2025, d’une valeur totale de 15 000 dollars, selon sa dernière déclaration de patrimoine.
Ni la Fifa ni la Maison-Blanche n’ont répondu aux sollicitations sur ce dossier. La Commission d’éthique de la Fifa, qui avait confirmé réception de la plainte de FairSquare dès décembre, ne s’est pour l’instant pas prononcée publiquement sur la demande d’enquête des eurodéputés. Trump doit remettre le trophée du vainqueur de la Coupe du monde le 19 juillet, aux côtés d’Infantino.
