Guerre des robots : le Sénat chiffre le décrochage militaire français

Trente et un systèmes de lutte anti-drones pour équiper l’ensemble des armées françaises : c’est le chiffre qui résume l’alerte lancée par le Sénat. Dans un rapport d’information adopté à l’unanimité début juillet 2026, la commission des Affaires étrangères et de la Défense estime que la France accuse un retard capacitaire face à la robotisation croissante des conflits armés. Le texte, porté par les sénateurs Ronan Le Gleut, Hélène Conway-Mouret et Étienne Blanc, s’appuie sur les enseignements tirés de la guerre en Ukraine et des conflits au Moyen-Orient.

Un retard capacitaire documenté par des chiffres

Le rapport détaille l’ampleur de l’écart entre les besoins identifiés et les moyens disponibles. Fin 2024, les armées françaises ne comptaient que 31 systèmes de lutte anti-drones, 150 fusils brouilleurs, 3 systèmes navals dédiés et 8 batteries SAMP-T. Les capacités mobiles destinées à protéger les unités au combat restent particulièrement limitées, les véhicules Serval équipés en lutte anti-drones n’étant attendus qu’à partir de 2027.

L’écart se mesure aussi à l’aune du conflit ukrainien. Kiev emploie désormais près de 15 000 drones par jour et en a produit 4,5 millions en 2025, un volume qui pourrait dépasser les 10 millions cette année. En avril 2026, le président Volodymyr Zelensky a annoncé qu’un combat avait été remporté pour la première fois uniquement grâce à des systèmes robotisés.

Un budget jugé insuffisant par les rapporteurs

Les sénateurs pointent un décalage entre les discours et les moyens engagés. La loi de programmation militaire 2024-2030 ne consacre que 1,25 % de ses crédits aux drones, un taux porté à 1,92 % après actualisation, alors que ces armements seraient responsables de 80 % des pertes russes en Ukraine selon les données citées dans le rapport. Seuls 28 % des crédits prévus auraient été effectivement consommés à ce jour, et à peine 3,2 % des 15,1 milliards d’euros obtenus par la France dans le cadre du dispositif européen SAFE seraient orientés vers les drones.

Les rapporteurs appellent à un réveil stratégique afin de faire de la robotisation la colonne vertébrale des armées françaises. Le texte rappelle que la France conserve des atouts industriels significatifs, avec des groupes comme MBDA, KNDS, Thales et Safran, ainsi qu’un tissu de start-ups spécialisées et un acteur reconnu dans l’intelligence artificielle, Mistral AI.

Des projets en cours jugés encore trop lents

Plusieurs initiatives ont été engagées ces dernières années pour combler le retard identifié. L’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) a été créée, le supercalculateur ASGARD est entré en service en septembre 2025, et le projet PENDRAGON prévoit le déploiement d’une unité robotique de combat à l’horizon 2027. Ces avancées restent toutefois qualifiées de dynamique insuffisante au regard de l’ampleur des besoins.

Historiquement opposée aux systèmes d’armes létaux pleinement autonomes, la France recourt déjà à des systèmes intégrant des capacités d’autonomie sous contrôle humain, désignés SALIA. Le précédent rapport parlementaire consacré à la guerre des drones remontait à près de cinq ans, ce qui montre selon les rapporteurs la nécessité d’une révision régulière de la doctrine face à l’accélération technologique du secteur.

Le rapport a été transmis à la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, qui devra déterminer les suites budgétaires et législatives à lui donner dans le cadre des prochains arbitrages sur la programmation militaire.

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