Un primate au visage noir et aux lèvres orangées vient d’être formellement reconnu comme une nouvelle espèce en République démocratique du Congo. Baptisé Colobus congoensis, il porte le nom vernaculaire de « Likweli » chez le peuple Balanga.
Qu’est-ce que le Colobus congoensis ?
L’animal appartient à la famille des colobes, un groupe de primates africains à la fourrure épaisse et sans pouce apparent. Il se reconnaît à son pelage noir contrastant avec des lèvres rose-orangé, ainsi qu’à un cri sonore comparé à un coassement de grenouille. Ce colobe devient la sixième espèce répertoriée dans ce groupe, et seulement la cinquième nouvelle espèce de singe décrite sur le continent africain en 75 ans.
Où vit-il exactement ?
Le primate habite la canopée dense du parc national de la Lomami, dans le centre-est du pays, à cheval sur les provinces de Tshopo et de Maniema. Créé le 19 juillet 2016, ce parc de 887 000 hectares est le neuvième du pays et le premier institué depuis 1992. Il abritait déjà une autre espèce de primate inédite, le lesula (Cercopithecus lomamiensis), découverte quelques années plus tôt dans la même région.
Comment l’espèce a-t-elle été repérée ?
Le signalement initial remonte à 2008, lorsque des défenseurs de l’environnement présents sur le terrain ont photographié un animal à l’aspect inhabituel, dissimulé dans le feuillage. Le cliché, flou, n’a pas permis d’aller plus loin à l’époque. Une seconde observation, une décennie plus tard, a relancé les investigations. Une équipe mêlant chercheurs congolais, américains et allemands s’est alors mobilisée pour localiser et étudier l’animal.
Pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour le confirmer ?
« Notre équipe a examiné plusieurs jeux de données, qui ont tous abouti à la même conclusion », explique Julia Arenson, chercheuse postdoctorale à Yale, dans un communiqué de l’université. Les analyses génétiques menées récemment ont permis de trancher : le Likweli constitue bien une lignée distincte, absente jusqu’ici des classifications scientifiques. Une enquête de terrain menée dans 52 villages proches de son habitat a montré que seuls les habitants de huit d’entre eux connaissaient son existence, l’animal étant particulièrement farouche et vivant en haut des arbres.
Qui a mené cette découverte ?
L’étude associe la Florida Atlantic University, la Lukuru Wildlife Research Foundation, l’université Yale, la City University de New York, ainsi que la Société zoologique de Francfort et la direction du parc national de la Lomami. Le responsable de la recherche, John Hart, insiste sur le rôle décisif des naturalistes congolais de terrain : « La découverte et la documentation du Likweli n’auraient jamais été possibles sans notre équipe de naturalistes explorateurs congolais », a-t-il déclaré dans un communiqué relayé par Phys.org. Chercheurs congolais Junior Amboko et Mardoché B. Koko ont enregistré le rugissement caractéristique de l’animal, élément clé ayant contribué à la confirmation de son statut d’espèce à part entière.
