Trump a vanté sur Truth Social des entreprises dont il venait d’acheter les actions, révèle CNN

Au moins 44 achats d’actions dans 21 entreprises ont précédé de quelques jours des messages élogieux publiés par Donald Trump sur Truth Social, selon une enquête de CNN publiée le 16 juillet. La chaîne américaine a croisé, à l’aide de l’intelligence artificielle, l’ensemble des messages du président avec la liste de ses transactions boursières déclarées sur l’année écoulée.

Une méthode fondée sur le croisement de données publiques

Trump a publié plus de 6 000 messages sur Truth Social en un an, période durant laquelle ses gestionnaires financiers ont réalisé plus de 20 000 achats ou ventes d’actions, sur un total de plus de 21 000 transactions déclarées à l’Office of Government Ethics. CNN a comparé ces deux ensembles de données pour repérer les cas où une publication mentionnait une entreprise dont Trump avait récemment acquis des titres. La chaîne précise qu’aucun élément ne démontre une intention délibérée de gonfler son portefeuille, la grande majorité des transactions n’ayant donné lieu à aucun message correspondant.

Le rapprochement le plus ancien identifié remonte à janvier 2025, avant même l’entrée en fonction de Trump : un achat d’actions US Steel le même jour qu’un message promettant que ses futurs droits de douane rendraient l’entreprise plus rentable. En mars, des achats dans GE Aerospace, Eli Lilly et Apple ont précédé de deux jours un message unique citant les trois groupes, publié le même jour où Trump a également acheté des titres dans plus de 300 autres sociétés. Tesla figure aussi parmi les cas recensés, avec plus de 50 achats sur l’année pour au moins 4 millions de dollars, dont certains ont précédé de quelques jours des publications louant la production américaine du groupe d’Elon Musk.

Des soupçons déjà documentés depuis plusieurs mois

L’enquête de CNN s’ajoute à une série de révélations antérieures sur les mêmes pratiques. En mai, des transactions concernant Palantir Technologies avaient déjà été mises au jour : Trump avait acheté des actions du groupe avant de saluer, avec le symbole boursier de l’entreprise, ses capacités jugées utiles pour les opérations militaires. Des achats similaires portant sur Nvidia, Apple et Amazon avaient été recensés sur la même période, coïncidant avec l’assouplissement de restrictions à l’exportation de semi-conducteurs vers la Chine.

Micron a également fait l’objet d’un cas similaire : après avoir accumulé des titres de l’entreprise en mars, Trump avait qualifié la société de l’une des plus performantes au monde, quelques semaines avant l’annonce d’un engagement financier de son dirigeant envers un programme fédéral porté par l’administration.
Un précédent distinct, remontant à avril 2025, avait déjà suscité une vague de critiques : un message invitant à “acheter” des actions, publié quelques heures avant l’annonce d’une pause dans l’application de droits de douane, avait entraîné des accusations de manipulation de marché de la part de plusieurs élus démocrates, dont une demande d’enquête formulée par un sénateur influent.

Une architecture financière contestée par des experts en éthique

Selon la porte-parole de l’exécutif, les avoirs du président sont “détenus dans des comptes entièrement discrétionnaires” gérés par des institutions tierces indépendantes, sans droit de regard de Trump ou de sa famille sur les décisions d’investissement, une position reprise à plusieurs reprises par des responsables de l’administration, y compris le vice-président.

Cette architecture ne convainc cependant pas certains experts en éthique gouvernementale, qui estiment que ces comptes, bien que gérés par des tiers, ne constituent pas de véritables fiducies aveugles puisque le président a accès aux informations relatives à ses avoirs.

Des organisations de surveillance du gouvernement y voient un cas d’école des conflits d’intérêts en exercice, soulignant que l’accumulation de tels épisodes, même sans preuve d’orientation directe, nourrit une érosion progressive de la confiance publique envers les responsables élus.

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