Venezuela : Trump place Marco Rubio au centre du pouvoir après la chute de Maduro

Six mois après la capture de Nicolás Maduro, ce n’est pas à Caracas mais à Washington que se prennent les décisions qui façonnent l’avenir du Venezuela. Selon une enquête du New York Times publiée le 11 juillet, le secrétaire d’État américain Marco Rubio est devenu, dans les faits, l’administrateur informel du pays depuis l’opération militaire de janvier.

Le Venezuela traverse une période de transition depuis l’arrestation de Maduro le 3 janvier 2026, capturé par un raid américain puis remis à la justice fédérale à New York. Delcy Rodríguez, ancienne vice-présidente du régime déchu, assure depuis l’intérim avec l’aval de Washington, tandis que Donald Trump avait promis de « diriger » le pays jusqu’à une passation de pouvoir jugée sûre. Six mois plus tard, cette gestion provisoire s’est muée, selon le quotidien américain, en un contrôle direct et durable exercé depuis Washington.

Un contrôle financier qui verrouille le pouvoir

D’après le New York Times, dont l’enquête repose sur plus d’une douzaine d’entretiens avec des responsables des deux gouvernements, le Trésor américain perçoit désormais l’essentiel des revenus tirés des exportations vénézuéliennes, pétrole compris, avant de les reverser au compte-gouttes à Caracas via des banques privées, selon des conditions fixées par l’équipe de Rubio. Ce mécanisme, comparé par le journal à des parents distribuant l’argent de poche à leurs enfants, place Rodríguez dans une dépendance directe vis-à-vis de Washington pour payer les salaires publics et soutenir la monnaie nationale.

Rubio décide également qui obtient des licences dérogatoires aux sanctions américaines pour opérer dans le pays, favorisant les entreprises américaines face aux groupes européens déjà implantés. Le département d’État validerait même certaines nominations gouvernementales clés côté vénézuélien, dont celle du ministre de la Défense. Le Washington Post avait dès janvier anticipé ce rôle, qualifiant Rubio de « vice-roi du Venezuela » — une expression reprise depuis par plusieurs médias, dont le Times, pour décrire une autorité sur un État souverain depuis l’administration américaine de l’Irak occupé par L. Paul Bremer III en 2003.

L’influence s’étend jusqu’à la diplomatie publique de Caracas : lorsque le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Yvan Gil avait critiqué une frappe américaine contre l’Iran sur les réseaux sociaux, l’administration Trump avait exigé le retrait du message, obtenu quelques heures plus tard. D’après le journal, Rodríguez soumet elle-même ses publications à l’approbation de Rubio avant diffusion.

Une transition démocratique repoussée

La question des élections, présentée par Marco Rubio comme la troisième étape d’un plan en trois phases — stabilisation, reprise économique, transition —, reste entièrement suspendue à ses arbitrages plutôt qu’à ceux de Rodríguez. Interrogée en mai sur un calendrier électoral, celle-ci n’aurait pu avancer aucune date précise. L’opposante María Corina Machado, principale figure de contestation du chavisme, avait quant à elle été volontairement tenue à l’écart par Washington, par crainte de déstabiliser l’appareil militaire et sécuritaire encore fidèle à l’ancien régime.

Le tremblement de terre du 24 juin, qui a fait plus de 3 800 morts selon les autorités, a compliqué ce calendrier : les États-Unis ont déployé 900 militaires et promis près de 400 millions de dollars d’aide, retardant d’autant la phase de transition politique. Sur le plan sécuritaire, une frappe de missile américaine s’appuyant sur des renseignements fournis par le gouvernement de Rodríguez aurait par ailleurs tué en juin Niño Guerrero, chef du groupe criminel Tren de Aragua, dans le sud du pays.

Le Venezuela doit par ailleurs présenter début juillet, avec la banque d’investissement Centerview Partners, un plan de restructuration portant sur environ 240 milliards de dollars de dette — la plus vaste opération de ce type jamais recensée, dont l’issue dépendra en grande partie des arbitrages américains sur les revenus pétroliers du pays.

2 réflexions au sujet de “Venezuela : Trump place Marco Rubio au centre du pouvoir après la chute de Maduro”

  1. « le Trésor américain perçoit désormais l’essentiel des revenus tirés des exportations vénézuéliennes, pétrole compris »

    Impatient de lire les commentaires des troll pro-otaniens sur la justification de « l’impéralisme bienveillant » de l’oncle Sammy

    MDR 🙂 🙂 🙂 🙂 🙂 🙂 🙂

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    • Le Venezuela est finalement le seul coup que Trump aura réussi. Et encore par une méthode (mafieuse) de corruption.

      Mais il s’est planté en Iran et il est occupé de se planter en Ukraine. Du coup, c’est la Chine qui le tient par les *ouilles et pas le contraire comme il l’espérait

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