Le Quai d’Orsay a démenti jeudi tout engagement chiffré sur les visas accordés aux ressortissants algériens. Ce démenti intervient après les déclarations de l’ambassadeur de France à Alger, qui évoquait un retour à 250 000 visas délivrés par an.
Un rétropédalage après la polémique
Stéphane Romatet avait accordé un entretien filmé au média algérien Tout sur l’Algérie, diffusé le 15 juillet. Il y affirmait vouloir « revenir probablement au niveau antérieur à la crise », soit environ 250 000 visas annuels contre un volume aujourd’hui très inférieur. L’ambassadeur justifiait cette ambition par la volonté de ne pas faire porter aux citoyens algériens le poids des tensions diplomatiques entre les deux pays.
Ces propos ont immédiatement suscité une vive réaction à droite de l’échiquier politique français. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a dénoncé une capitulation face aux autorités algériennes. Bruno Retailleau, président des Républicains et ancien ministre de l’Intérieur, a lui aussi critiqué la démarche, estimant que la diplomatie ne devait pas se confondre avec la complaisance et réclamant des contreparties de la part d’Alger.
Le ministère recadre les déclarations de l’ambassadeur
Face à cette avalanche de critiques, le ministère français des Affaires étrangères a tenu à corriger le tir. Il a précisé être engagé dans une dynamique de relance des relations avec l’Algérie, mais centrée sur les intérêts français. Le Quai d’Orsay a surtout affirmé que la question des visas ne figurait pas parmi les sujets discutés dans le cadre de cette reprise de dialogue, et qu’aucun objectif chiffré n’avait été arrêté.
Cette mise au point ne remet pas en cause les chiffres avancés par Romatet, mais recadre leur portée officielle. Avant la dégradation des relations bilatérales, la France délivrait effectivement autour de 250 000 visas par an aux ressortissants algériens, un chiffre public consultable sur le site du ministère de l’Intérieur. Ce volume s’est effondré durant près de deux ans de crise, période marquée par le rappel de l’ambassadeur français et une chute du personnel consulaire déployé sur place.
Un dossier judiciaire toujours en suspens
L’épisode intervient alors que le sort du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis mai 2024 et condamné à sept ans de prison, n’a été évoqué à aucun moment par l’ambassadeur durant son entretien. Reporters sans frontières avait pourtant signalé ce dossier comme un point de vigilance lors du retour de Romatet à Alger en mai dernier.
La crise diplomatique franco-algérienne, déclenchée en 2024, avait entraîné le rappel de l’ambassadeur pendant plus d’un an, avant son retour à Alger début mai 2026. Romatet avait alors participé, dès son arrivée, aux commémorations des massacres de Sétif de 1945 — un geste perçu comme un signal d’apaisement envoyé à Alger. Les deux pays travaillent désormais à reconstituer les effectifs de leurs représentations diplomatiques et consulaires respectives, réduits pendant la période de tensions.
