Une nouvelle Constitution pourrait régir six pays européens, dotés d’une capitale commune encore à définir. Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie, a détaillé cette proposition dans un entretien au Figaro puis dans un texte publié le 23 août.
Six pays, une gouvernance commune
Le projet réunirait la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Pologne et les Pays-Bas au sein d’une structure baptisée « Fédération d’États nations ». Ces six pays garderaient leur souveraineté sur la plupart des sujets, mais mutualiseraient leurs décisions dans des domaines jugés stratégiques : intelligence artificielle, politiques économiques, marchés financiers. La fédération continuerait de faire partie de l’Union européenne à 27, sans s’y substituer.
Point notable : ni la Belgique ni le Luxembourg ne figureraient dans ce noyau resserré, à la différence de la Communauté économique européenne fondée en 1957 par six pays — dont ces deux États faisaient partie. L’absence de Bruxelles dans la nouvelle configuration ouvrirait la voie à une capitale alternative, choisie directement par les citoyens des pays membres.
Un diagnostic sur l’affaiblissement européen
Selon Bruno Le Maire, l’Union européenne actuelle souffrirait d’un excès de lourdeur institutionnelle face aux grandes puissances mondiales. La Commission européenne serait, selon lui, une structure technocratique incapable de garantir rapidité et cohérence politique.
L’ancien ministre justifierait cette proposition par un changement de posture des États-Unis, qu’il ne considérerait plus comme un allié fiable. Il citerait à l’appui le retrait américain de Syrie sous Barack Obama, l’annulation du contrat de sous-marins australiens sous Joe Biden, ainsi que les droits de douane imposés sous Donald Trump.
Un volet défense et industrie associé
Le projet s’accompagnerait d’un plan de réarmement européen incluant drones et missiles longue portée, ainsi que la création d’une armée commune — la dissuasion nucléaire resterait toutefois du seul ressort français. Bruno Le Maire défendrait également une préférence européenne dans les marchés publics, une harmonisation fiscale entre les six pays, une reconnaissance mutuelle des diplômes, ainsi que le développement d’un acteur numérique européen capable de concurrencer les géants américains, et d’une filière de semi-conducteurs.
Cette idée ne serait pas nouvelle : dès février 2026, l’ancien locataire de Bercy défendait déjà le concept d’une « Europe des Six« , en référence directe aux travaux de 1994 des responsables allemands Wolfgang Schäuble et Karl Lamers sur la constitution d’un noyau dur européen au sein de l’Union.
Une initiative jugée prématurée par certains observateurs
Bruno Le Maire ne serait pas déclaré candidat à l’élection présidentielle, mais la teneur programmatique de son texte alimenterait les spéculations sur une possible candidature future. Plusieurs commentateurs relèveraient également une contradiction géographique dans le projet : en écartant Bruxelles du nouveau format, celui-ci ouvrirait la porte à un repositionnement de Paris comme centre de gravité politique européen.
