Les investisseurs s’inquiètent de l’absence prolongée de Paul Biya, rapporte Bloomberg ce 7 août. Selon l’agence financière, les obligations camerounaises en dollars affichent depuis début juin l’une des pires performances de l’Afrique, un décrochage que plusieurs gestionnaires d’actifs attribuent directement à l’absence prolongée du président de 93 ans.
Des rendements au plus haut depuis avril, selon Bloomberg
D’après les données citées par Bloomberg, les rendements de la dette souveraine camerounaise ont grimpé à leur niveau le plus élevé depuis avril, tandis que les investisseurs à revenu fixe accumulent des pertes proches de 2 % depuis mi-juin — le pire résultat parmi les émetteurs souverains africains sur la période. Interrogé par l’agence, James Kuate, fondateur et associé directeur de Qantara Asset Management, cabinet spécialisé sur l’Afrique, affirme que le Cameroun fait figure d’exception face à la tendance générale du continent.
Cette exception, relevée par Bloomberg, tranche avec la trajectoire des autres producteurs africains de brut. Au Gabon, en République du Congo, en Angola et au Nigeria, la hausse des cours pétroliers a permis, toujours selon l’agence, de resserrer les écarts de taux et d’attirer des flux acheteurs. Le Cameroun, lui, s’enfonce dans le sens inverse : pour les investisseurs cités par Bloomberg, l’absence prolongée du président ravive les incertitudes de succession.
Deux mois sans apparition publique
Le chef de l’État a quitté Yaoundé le 7 juin pour un séjour présenté par la présidence comme de brèves vacances privées en Europe. Deux mois plus tard, il n’est toujours pas rentré, dépassant début août son précédent record d’absence de 49 jours, enregistré à l’automne 2024. Cette absence prolongée a nourri les spéculations, créant un climat d’incertitude que les investisseurs, selon Bloomberg, surveillent de près avant de rendre leur propre verdict sur la dette du pays.
Face à la pression, le porte-parole du gouvernement René Emmanuel Sadi a affirmé sur RFI début août que le président est vivant et son retour imminent, sans toutefois avancer de date précise. Aucune annonce n’a par ailleurs été faite concernant la formation d’un nouveau gouvernement, promise depuis décembre 2025. Dans l’opposition, le parti MRC de Maurice Kamto a publiquement demandé qui exerce réellement les fonctions présidentielles pendant cette absence.
Malgré ce silence, l’appareil d’État continue de fonctionner : trois décrets présidentiels ont été signés cette semaine pour remanier le commandement militaire dans quatre des cinq régions interarmées du pays, avec notamment la promotion du chef de la garde présidentielle au grade de général de brigade.
Un scénario déjà vécu par les marchés
Ce n’est pas la première fois que les créanciers du Cameroun réagissent à ce type d’incertitude. En octobre 2024, une rumeur sur la santé du président avait déjà provoqué trois séances consécutives de baisse des eurobonds camerounais, les gestionnaires évoquant alors le risque de volatilité qu’impliquerait une crise de succession.
Sur le plan macroéconomique, Fitch Ratings anticipe pourtant une croissance moyenne de 3,7 % sur 2026-2027 et une baisse de la dette publique autour de 40 % du PIB, dans la foulée du succès de l’émission d’eurobonds de janvier. Le Cameroun, première économie d’Afrique centrale, prépare par ailleurs une émission obligataire liée à des critères environnementaux d’environ 692 millions de dollars, une opération dont le calendrier pourrait désormais dépendre de la résolution de cette crise de visibilité politique.
