Les internautes russes pourraient voir leur accès au web mondial fortement réduit dans les deux prochaines années. Andriï Kovalenko, chef du Centre de lutte contre la désinformation du Conseil de sécurité nationale et de défense de l’Ukraine, a formulé cette prévision le 10 août sur Telegram.
Un système inspiré de Pyongyang
D’après Kovalenko, Vladimir Poutine puiserait dans l’expérience du régime de Corée du Nord pour façonner les futures restrictions numériques imposées aux Russes. Le responsable ukrainien décrit un basculement progressif vers un accès au web comparable à celui qu’offre Pyongyang à sa population : des connexions au monde extérieur très restreintes et des plateformes locales placées sous contrôle étatique permanent. Il précise que la plupart des citoyens russes ignoreraient encore l’ampleur des mesures qui les attendent.
Kovalenko trace un parallèle entre les deux chefs d’État. « Le Japon et la Corée du Sud devront assumer davantage de responsabilités en matière de sécurité, car il y a à Pyongyang un dirigeant autoritaire qui ressemble beaucoup à Poutine », a-t-il déclaré.
Un rapprochement militaire en arrière-plan
Cette annonce s’accompagne d’un rappel de la coopération militaire croissante entre Moscou et Pyongyang. Selon Kovalenko, la Corée du Nord chercherait à tirer des enseignements concrets du conflit ukrainien, en vue d’une possible offensive future dans la péninsule coréenne. Le 6 août, Pyongyang aurait transféré à la Russie plus de 100 missiles balistiques supplémentaires, accompagnés d’unités spécialisées.
L’Institut pour l’étude de la guerre a évalué que cette implication permettrait à l’armée nord-coréenne d’observer ses équipements en conditions de combat réelles, une expérience qui pourrait ensuite être mobilisée dans un contexte régional différent.
Une trajectoire amorcée depuis 2019
Le durcissement numérique russe ne date pas de cette annonce. Poutine avait promulgué en mai 2019 la loi sur l' »internet souverain », contraignant les fournisseurs d’accès à faire transiter le trafic national par des serveurs situés en Russie. Le texte était alors présenté comme une garantie face à un éventuel isolement décidé par les États-Unis.
Depuis mars 2026, le rythme des restrictions s’est nettement accéléré : perturbations à grande échelle de Telegram, coupures ponctuelles de l’internet mobile à Moscou et Saint-Pétersbourg, ralentissement du débit fibre dans plusieurs grandes villes. Les autorités justifient ces mesures par la nécessité de contrer les drones ukrainiens et de limiter les tentatives de recrutement en ligne liées au sabotage. Plusieurs analystes évoquent également un tournant survenu après une tentative d’assassinat visant un général du renseignement militaire russe, qui aurait renforcé la position des services de sécurité face aux structures militaires jusqu’alors favorables à un accès internet plus ouvert.
Ces restrictions alimentent un mécontentement grandissant au sein de la population, y compris parmi des soutiens habituels du pouvoir. Certains observateurs relèvent une inquiétude diffuse face à un possible rapprochement du modèle russe avec celui de la Corée du Nord.



