Les réserves de gaz de l’Union européenne atteignent à peine 57 % de leur capacité à la mi-août 2026, selon les données de Gas Infrastructure Europe (GIE). Un niveau qui n’avait plus été enregistré depuis 2009, loin des 69 % observés l’an dernier à la même période et des 85 % de 2024.
Ce retard de remplissage intervient alors que les fournisseurs traditionnels du continent traversent des crises simultanées. D’un côté, le blocage du détroit d’Ormuz prive l’Europe d’une partie de ses approvisionnements en gaz naturel liquéfié. De l’autre, la dépendance au gaz russe persiste malgré une interdiction annoncée pour 2027.
Le blocage d’Ormuz pèse sur les approvisionnements
Le conflit entre l’Iran et les États-Unis a quasiment paralysé le détroit d’Ormuz, point de passage d’environ un cinquième du GNL mondial. Les cargaisons en provenance du Qatar, fournisseur clé pour plusieurs pays européens, sont fortement perturbées depuis début mars.
Cette rupture d’approvisionnement a fait grimper les prix du gaz sur le marché européen, passés d’environ 30 à plus de 50 euros le mégawattheure en quelques mois. Les Gardiens de la révolution iraniens ont averti que « le détroit restera fermé jusqu’à ce que les États-Unis cessent leurs actes d’agression », écartant pour l’instant toute réouverture rapide du trafic maritime.
La Russie, toujours un fournisseur incontournable
Le paradoxe européen se confirme dans les chiffres du premier semestre 2026 : les importations de gaz en provenance de Russie ont progressé de 11 %, alors même que le GNL russe doit disparaître totalement du marché de l’UE à partir du 1ᵉʳ janvier 2027. Plusieurs opérateurs privilégient les volumes encore autorisés pour sécuriser leurs stocks avant l’hiver, au moment où les autres sources d’approvisionnement se raréfient.
Une analyste spécialisée dans les questions énergétiques résume cette contradiction : « tant que les pays européens dépendront du gaz, ils devront accepter les risques géopolitiques qui en découlent ».
L’Allemagne, maillon sous surveillance
Le tableau s’assombrit davantage outre-Rhin. En Allemagne, le taux de remplissage plafonne à 47 %. Or ce pays héberge à lui seul près d’un cinquième des capacités de stockage du bloc européen, ce qui en fait un soutien précieux pour ses voisins lorsque le réseau est sous pression. Pour l’heure, Berlin choisit de ne pas peser directement sur le marché gazier, de peur d’accentuer la hausse des cours, et s’en remet aux acteurs privés pour reconstituer les réserves nationales.
Pour donner un point de repère, le texte européen encadrant le stockage — voté en 2022 dans la foulée de la coupure des flux russes via le gazoduc Yamal — fixe aux pays membres un cap de 90 % de remplissage avant chaque 1ᵉʳ novembre. Un seuil qui semble aujourd’hui hors de portée pour une partie d’entre eux.
À cela s’ajoute une bataille commerciale : l’Europe se dispute désormais les livraisons de GNL disponibles avec la Chine, elle aussi acheteuse sur le marché mondial. Selon les projections de la banque Goldman Sachs, les prix du gaz sur le continent pourraient grimper jusqu’à 100 euros le mégawattheure avant l’hiver si la situation actuelle se prolonge.


