Chine - Russie : pourquoi le Japon craint l'alliance et à quoi s'attendre

Trois navires de guerre chinois ont traversé le détroit de Corée entre le 2 et le 3 août 2026, en direction du sud-ouest. Le ministère de la Défense du Japon a révélé ce passage le 4 août, précisant que des navires et avions de patrouille des forces maritimes d’autodéfense avaient surveillé leur trajet.

Une deuxième manœuvre après un tir controversé

Ce passage fait suite à une patrouille conjointe entre la Chine et la Russie, menée du 13 au 28 juillet, partie de Qingdao et achevée à Vladivostok. Le groupe naval réunissait le croiseur Anshan, le destroyer Kaifeng, le pétrolier Kekexilihu et la frégate russe Rezkiy.

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Le 19 juillet, le Kaifeng a mené un tir d’exercice à munitions réelles à environ 180 kilomètres au large d’Okinotorishima, dans la zone économique exclusive revendiquée par Tokyo. Le gouvernement japonais y a vu une provocation et a déposé une protestation diplomatique. Pékin a rejeté cette contestation, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères déclarant qu’Okinotorishima est un rocher et non une île, donc dépourvu de droit à une zone économique exclusive.

La flottille avait auparavant emprunté le détroit de Miyako le 16 juillet, avant de rallier le détroit de Vries dans les îles Kouriles puis celui de La Pérouse, entre Hokkaido et Sakhaline. Selon le Global Times, il s’agissait de la première fois que des navires chinois et russes transitaient ensemble par le détroit de Vries, un archipel administré par la Russie mais revendiqué par le Japon.

Une pression jugée croissante par Tokyo

Le passage du 3 août, cette fois sans navire russe visible, prolonge cette séquence. Le ministère de la Défense a précisé que ce trajet achevait un tour complet de l’archipel pour les trois bâtiments chinois. Selon ce même ministère, cette série de manœuvres est clairement pensée comme une démonstration de force envers le Japon* et constitue un motif de sérieuse inquiétude pour la sécurité nationale du pays.

Ces incidents s’ajoutent à un climat de tension déjà mesurable. Sur les douze mois précédant fin mars 2026, les chasseurs japonais ont décollé en urgence 595 fois, dont 366 sorties contre des appareils chinois et 214 contre des appareils russes, un chiffre en baisse par rapport aux 704 scrambles de l’exercice précédent, au plus bas niveau depuis 2021.

Le ministre de la Défense Shinjiro Koizumi a jugé début août qu’il fallait renforcer l’armée avec un sentiment d’urgence et de crise plus marqué que jamais, citant conjointement la Chine, la Corée du Nord et la Russie dans le livre blanc annuel sur la défense.

Le rapprochement militaire sino-russe s’accélère

Les manœuvres navales communes entre Pékin et Moscou, baptisées Joint Sea, existent depuis 2012. L’édition 2026 s’est tenue du 6 au 13 juillet à Qingdao, avant que les deux marines n’entament leur patrouille conjointe du Pacifique. Cette édition intervenait moins de deux mois après une visite du président russe Vladimir Poutine en Chine.

Fin juin, les deux pays avaient déjà mené leur onzième patrouille stratégique aérienne conjointe, un vol de six heures au-dessus de la mer du Japon, de la mer de Chine orientale et du Pacifique occidental. Ces patrouilles aériennes communes existent depuis 2019 selon l’agence russe Interfax.

Le soutien de Tokyo à Kiev en arrière-plan

L’engagement du Japon aux côtés de l’Ukraine a rompu avec sa prudence traditionnelle sur les dossiers de sécurité européenne. Dès les premières semaines de la guerre en 2022, l’archipel a aligné ses sanctions sur celles du G7. L’aide cumulée versée à Kiev dépasse aujourd’hui douze milliards de dollars, répartie entre assistance budgétaire, aide humanitaire, reconstruction d’infrastructures civiles et équipements non létaux.

Mi-2026, le gouvernement japonais a réaffirmé vouloir maintenir ces sanctions tout en cherchant à préserver un dialogue bilatéral avec Moscou, qualifié de pays voisin par un responsable du cabinet. Cette position à double niveau montre la difficulté de l’archipel à concilier son alignement occidental et sa proximité géographique immédiate avec le territoire russe.

Des tensions ancrées dans l’histoire régionale

La défiance entre Tokyo et ses voisins continentaux plonge ses racines dans la première guerre sino-japonaise de 1894-1895. L’annexion de la Mandchourie puis le massacre de Nankin en 1937 ont laissé des cicatrices toujours vives dans la mémoire collective chinoise.

Côté coréen, la guerre russo-japonaise de 1904-1905 a transformé la péninsule en champ de bataille entre puissances rivales avant que le Japon n’y impose un protectorat. Cette séquence historique continue de peser sur les relations entre l’archipel et les deux Corées.

Vers un réarmement assumé

Le chercheur Stephen Nagy, de l’université chrétienne internationale de Tokyo, estime que le Japon a doublé son budget de défense et abandonné ses principes pacifistes face à la montée en puissance militaire chinoise. L’archipel a levé en avril ses restrictions sur les exportations d’armement, tout en reconnaissant les limites actuelles de sa base industrielle pour accélérer la production.

La Première ministre Sanae Takaichi, confortée par la victoire de son parti aux élections législatives de février, souhaiterait amender l’article 9 pacifiste de la Constitution japonaise, adopté en 1947 sous influence américaine. Une telle réforme donnerait à Tokyo une marge de manœuvre militaire élargie face à un environnement régional jugé instable.

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