Plus de 350 000 Haïtiens ont perdu leur statut légal aux États-Unis le 27 juillet 2026. Depuis, des bracelets électroniques remplacent les rafles pour les localiser, selon des avocats et associations cités par la presse américaine.
Des convocations plutôt que des descentes
L’agence de l’immigration (ICE) a changé de méthode. Plutôt que des opérations massives dans les quartiers, elle envoie des courriers demandant aux bénéficiaires de l’ancien TPS (statut de protection temporaire) de se présenter dans ses bureaux. « Ils utilisent des tactiques pour faire venir ces personnes dans leurs bureaux, soit pour les détenir, soit pour leur poser un bracelet de cheville », a expliqué Guerline Jozef, présidente de la Haitian Bridge Alliance. Ceux qui se présentent reçoivent l’ordre de ne pas s’éloigner de plus de 120 kilomètres de leur domicile et reviennent avec une date d’audience fixée environ un mois plus tard.
Dans le Maryland, à Salisbury, la fréquentation dominicale d’une église fréquentée par la communauté a chuté de moitié. Un mariage et des cours d’anglais y ont été annulés par crainte de contrôles. Des documents internes évoquent un projet ciblant particulièrement l’Ohio, où vit une importante communauté originaire d’Haïti, notamment à Springfield — ville que le président avait accusée, sans preuve, en 2024, de voir ses habitants haïtiens manger des animaux domestiques. Selon la chaîne CNN, au moins cinq arrestations de personnes ayant perdu leur TPS ont été signalées ces derniers jours en Arizona, en Californie, dans l’Indiana et dans le Maryland.
Une décision validée en justice malgré des accusations de racisme
La Cour suprême a autorisé, le 25 juin 2026, la fin du TPS pour les ressortissants haïtiens et syriens. Une juge fédérale avait pourtant estimé en février que cette décision était en partie motivée par une animosité raciale, en s’appuyant sur des propos jugés désobligeants tenus par le président et par l’ancienne secrétaire à la Sécurité intérieure envers Haïti. La haute juridiction a toutefois jugé que ces déclarations n’avaient rien d’« ouvertement racial » et que la loi fédérale interdisait aux tribunaux de contrôler ce type de décision migratoire.
Le précédent des renvois vers l’Afrique et l’Amérique latine
Cette politique ne concerne pas uniquement Haïti. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche début 2025, Washington a multiplié les accords de renvoi vers des pays tiers, souvent sans lien avec la nationalité des personnes expulsées. Plus de 250 Vénézuéliens ont ainsi été envoyés au Salvador et détenus plusieurs mois dans une prison anti-terroriste, sans preuve ni procès. En janvier 2026, neuf migrants ont été discrètement déportés vers le Cameroun, un pays dont aucun d’eux n’était originaire ; huit disposaient pourtant de protections judiciaires américaines les mettant à l’abri d’un renvoi. Le Rwanda a de son côté accepté d’accueillir 250 personnes expulsées des États-Unis, rejoignant une liste de pays africains et latino-américains sollicités par Washington, certains sous la pression de menaces sur leurs visas.
La fin du TPS haïtien intervient alors que le département d’État américain classe lui-même Haïti en catégorie 4, le niveau d’alerte le plus élevé pour ses propres ressortissants, en raison de la criminalité, des enlèvements et de l’instabilité politique.



