Jean-Luc Mélenchon chiffre à 636 milliards d’euros la part de dette publique logée à la Banque de France, soit 18 % de l’encours total selon ses propres calculs. L’exécutif conteste ce montant et retient plutôt un quart de la dette totale, portant la somme concernée à 884 milliards d’euros.
L’écart entre les deux évaluations dépasse 240 milliards d’euros. Il n’a pas été tranché publiquement depuis que le candidat de la gauche radicale a relancé, le 23 août, sa proposition de geler une partie de la dette détenue par les banques centrales. La dette publique française atteignait 3 536,1 milliards d’euros au premier trimestre 2026, soit 117,5 % du produit intérieur brut, selon l’Insee.
Une proposition ancienne
En pleine crise sanitaire de 2020, La France insoumise portait déjà, selon un document cité par Public Sénat, l’exigence que la Banque centrale européenne convertisse les titres publics qu’elle détient en emprunts sans échéance et sans intérêt. Une proposition de résolution avait alors été déposée à l’Assemblée nationale pour pousser l’exécutif français à défendre cette position à Bruxelles.
Six ans plus tard, le mécanisme reste identique sur le fond. Les banques centrales ont accumulé ces titres en rachetant de la dette d’État sur le marché secondaire, d’abord pendant la crise des dettes souveraines des années 2010, puis massivement après 2020. Ces opérations ne constituent pas un prêt direct aux États, les traités européens l’interdisant formellement à la BCE.
Un obstacle juridique
Selon plusieurs économistes interrogés par la presse, effacer cette dette nécessiterait de modifier les traités européens eux-mêmes. Une révision suppose l’unanimité des vingt-sept États membres, suivie de ratifications dans chaque pays. Cette perspective serait jugée impensable par l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Italie, selon un économiste de l’institut Rexecode cité par Public Sénat.
Le premier ministre Sébastien Lecornu a mis en avant un autre argument, celui de la crédibilité financière du pays. Il a averti que la France, qui doit lever 310 milliards d’euros sur les marchés cette année, risquerait de ne plus trouver de prêteurs si elle reniait sa propre signature. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a qualifié la mesure d’illégale et de dangereuse sur BFMTV-RMC.
Des positions transversales
Le banquier d’affaires Matthieu Pigasse, propriétaire du groupe de médias Combat, a lui aussi défendu l’idée d’effacer une partie de la dette publique, s’attirant une réponse de Jordan Bardella sur les réseaux sociaux. Le président du Rassemblement national a rejeté l’argument selon lequel une telle opération n’aurait aucun coût réel pour les finances publiques.
Le premier débat de la présidentielle 2027 s’est tenu le 27 août à Paris, réunissant sept candidats déclarés sur des thématiques économiques, dont la dette et les retraites, à l’occasion de l’université d’été du Medef.
