FIFA : comment Infantino s'est tiré une balle dans le pied

L’UEFA a mis en demeure Gianni Infantino vendredi de conserver tous les documents liés au projet « Fifa Forward Enterprise » (FFE), abandonné trois jours plus tôt. Selon les informations du Telegraph, l’instance dirigeante du football européen envisagerait désormais des poursuites judiciaires contre le président de la FIFA.

Cette lettre marque un nouveau chapitre dans une crise qui a commencé fin juillet, lorsque Infantino a dévoilé son projet de filiale commerciale destinée à ouvrir la gestion de la Coupe du monde et des autres compétitions de la FIFA à des investisseurs privés. La FIFA visait un apport de 4,2 milliards de dollars avant la fin de l’année, promettant en retour de reverser la totalité des bénéfices générés aux 211 fédérations membres.

Un projet retoqué en quelques jours

Le fonds Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner — frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump — figurait parmi les investisseurs pressentis pour entrer au capital de la FFE. Cette proximité avec l’entourage du président américain a nourri les soupçons d’une partie du monde du football, déjà échaudé par les liens rapprochés entre Infantino et Washington depuis la Coupe du monde des clubs.

Face à la contestation, l’UEFA et ses 55 fédérations membres ont menacé de boycotter toute compétition organisée par la FIFA tant que le projet resterait sur la table, jugeant qu’aucune équipe nationale ne participerait à un tournoi de la FIFA sans garanties juridiquement contraignantes sur son abandon total. La Concacaf puis la confédération asiatique ont rejoint le mouvement, isolant le président suisse au sein de sa propre organisation.

Le 31 juillet, Infantino a fini par annoncer le retrait pur et simple du projet, expliquant dans un communiqué que l’initiative avait « créé des divisions » contraires à l’objectif d’unité du football. Mais ce recul n’a pas suffi à éteindre la contestation.

Une crise de gouvernance qui s’installe

Selon une enquête du Guardian, plus d’une dizaine de membres du Conseil de la FIFA chercheraient désormais à réunir les 19 voix nécessaires — sur 37 — pour convoquer une réunion extraordinaire et contraindre Infantino à s’expliquer publiquement. Cette mobilisation interne aurait démarré avant même la présentation du projet FFE, trouvant son origine dans la décision controversée de lever la suspension du joueur Folarin Balogun pendant la Coupe du monde — une décision qui aurait fait l’objet de plusieurs appels téléphoniques de Donald Trump, toujours selon le quotidien britannique. Certains conseillers réclameraient une enquête indépendante sur cet épisode, et envisageraient de demander le départ du dirigeant s’il s’y opposait.

L’UEFA, elle, a durci le ton dans un communiqué distinct, dénonçant la méthode employée par la FIFA pour faire adopter sa réforme : une date limite avait été imposée aux fédérations pour soutenir le projet, sous peine de perdre le bénéfice d’un paiement exceptionnel promis. L’organisation présidée par Aleksander Čeferin y voit la confirmation d’une opposition « importante et croissante » à l’intérieur du football mondial.

Un ultimatum et des soutiens qui s’effritent

Selon The Telegraph, l’UEFA a placé Infantino devant un choix : quitter volontairement la présidence, sous peine de voir les fédérations membres enclencher une procédure de destitution. Le levier réside dans l’article 25 des statuts de la FIFA : un cinquième des 211 associations — soit 43 voix — suffit pour exiger par écrit la tenue d’un Congrès extraordinaire, que le Conseil serait alors tenu de convoquer sous trois mois. Les 55 membres de l’UEFA franchissent à eux seuls ce seuil ; la majorité des 211 associations (106 voix) serait ensuite requise pour valider la motion et écarter le dirigeant.

La pression s’est concrétisée sur le terrain diplomatique : la Football Association of Wales est devenue lundi la première fédération membre à retirer formellement son soutien à la réélection d’Infantino, évoquant des « défaillances en termes de bonne gouvernance, de processus et de leadership ». La Fédération anglaise lui a emboîté le pas peu après, retirant à son tour la lettre de soutien qu’elle avait adressée au dirigeant suisse-italien. Ce revirement intervient à peine deux semaines après que plus de 200 fédérations lui avaient assuré leur appui pour le scrutin de mars 2027, où Infantino reste pour l’instant l’unique candidat déclaré.

Réélu en mai 2025 pour un troisième et dernier mandat sans opposition, Infantino avait pourtant présenté sa mission en des termes programmatiques : « restaurer l’image de la FIFA » et « rendre le football vraiment mondial ». Le précédent le plus proche remonte à 2019, quand une offre de 25 milliards de dollars d’investisseurs asiatiques et moyen-orientaux pour un Mondial des clubs élargi avait déjà été rejetée par le Conseil de la FIFA, sous la pression des mêmes fédérations européennes.

À un an de la fin programmée de son dernier mandat, le président de la FIFA doit désormais gérer, en parallèle de cette fronde institutionnelle, une procédure pénale ouverte en Suisse pour soupçon de collusion avec l’ancien procureur fédéral Michael Lauber, dans le prolongement de l’affaire Fifagate.

Laisser un commentaire