Le retrait du projet FIFA Forward Enterprise (FFE), annoncé le 1er août 2026, n’a pas suffi à mettre fin à la crise qui secoue la FIFA. Ce projet, porté par Gianni Infantino, visait à créer une structure commerciale susceptible d’ouvrir le capital des principales compétitions de la FIFA, dont la Coupe du monde, à des investisseurs privés. L’idée a provoqué une levée de boucliers parmi plusieurs confédérations, qui ont dénoncé un manque de transparence et une gouvernance jugée trop centralisée. Face à la contestation, le président de la FIFA a finalement fait marche arrière, présenté ses excuses aux 211 associations membres et promis une révision des procédures internes.
Mais la crise est loin d’être terminée. L’UEFA, dirigée par Aleksander Čeferin, maintient sa menace de boycott des compétitions de la FIFA, estimant que les conditions qu’elle avait fixées n’ont toujours pas été remplies. La CAF, présidée par Patrice Motsepe, a en revanche renouvelé son soutien à Gianni Infantino lors d’une réunion tenue le 6 août à Rabat, tandis que la CONMEBOL s’est montrée plus critique qu’à l’accoutumée sans rejoindre officiellement le camp européen. Derrière ces prises de position se cache une question centrale : Gianni Infantino peut-il réellement perdre son poste ou conserve-t-il les moyens de résister ?
L’UEFA, le principal contre-pouvoir
Le 31 juillet 2026, les 55 fédérations membres de l’UEFA se sont réunies en urgence pour rejeter unanimement le projet FIFA Forward Enterprise. Quelques jours plus tard, malgré le retrait du projet, Aleksander Čeferin a confirmé que l’UEFA maintenait sa perte de confiance envers Gianni Infantino et sa menace de boycott. La confédération européenne réclame notamment des garanties écrites empêchant toute nouvelle tentative de privatisation des revenus de la Coupe du monde ainsi qu’une réforme de la gouvernance de la FIFA. La FIFPRO, le syndicat mondial des joueurs, a également dénoncé ce qu’elle qualifie d’« abus profond du pouvoir présidentiel ».
Pourtant, cette démonstration de force ne suffit pas à faire tomber le président de la FIFA. Au Congrès, chaque fédération dispose d’une seule voix, quel que soit son poids économique. La majorité absolue est fixée à 106 voix. Sur le plan strictement mathématique, Gianni Infantino conserve donc une base électorale solide s’il maintient l’appui de l’Afrique et d’une partie de l’Asie, même face à une opposition européenne très médiatisée.
La CAF protège encore Infantino mais l’équilibre peut basculer
Le 6 août 2026, la CAF a officiellement renouvelé son soutien à Gianni Infantino à l’issue d’une réunion extraordinaire organisée à Rabat. Son président, Patrice Motsepe, a salué les excuses formulées par la FIFA tout en appelant à davantage de transparence. Ce soutien est stratégique : avec 54 fédérations, la CAF constitue le deuxième plus grand bloc électoral de la FIFA. Si l’on y ajoute les 47 voix de l’AFC et les 10 de la CONMEBOL, Gianni Infantino peut théoriquement compter sur 111 voix, soit plus que les 106 nécessaires pour contrôler une majorité au Congrès. C’est ce qui explique pourquoi, malgré la tempête médiatique, aucun mécanisme institutionnel immédiat ne menace son mandat.
Mais ce calcul reste théorique. La CONMEBOL, qui rassemble notamment le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay, a exprimé son malaise face à la gestion unilatérale du projet FFE, tandis que plusieurs membres de l’AFC et de la CONCACAF ont également fait part de leurs réserves. Si ces critiques se transformaient en coalition durable autour de l’UEFA, le rapport de forces pourrait rapidement évoluer à l’approche de l’élection présidentielle de mars 2027. L’enjeu n’est donc plus seulement le nombre de voix, mais la capacité de Gianni Infantino à conserver la confiance de plusieurs confédérations à la fois.
La véritable menace qui pèse sur l’avenir d’Infantino
Même si Gianni Infantino conserve aujourd’hui une majorité potentielle sur le papier, la crise dépasse largement les équilibres électoraux. Une Coupe du monde sans les grandes nations européennes – la France, l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie, le Portugal ou les Pays-Bas – représenterait un choc inédit pour le football mondial. L’Europe concentre les championnats les plus suivis, les clubs les plus puissants, les principaux diffuseurs et une grande partie des revenus commerciaux de la FIFA. Juridiquement, une Coupe du monde pourrait se tenir sans les sélections européennes, mais sportivement, économiquement et médiatiquement, elle perdrait une part essentielle de son prestige et de sa valeur. C’est précisément sur ce levier que l’UEFA exerce aujourd’hui sa pression.
Cette stratégie est renforcée par le soutien d’acteurs majeurs du football européen. Nasser Al-Khelaïfi, président du Paris Saint-Germain et de l’Association européenne des clubs (ECA), s’est opposé au projet FFE aux côtés de l’UEFA. Son nom circule désormais parmi les personnalités évoquées pour jouer un rôle dans la succession d’Infantino, même s’il a publiquement exclu une candidature à la présidence de la FIFA. Si l’UEFA maintient sa menace de boycott et parvient à entraîner durablement les clubs européens, les joueurs et d’autres confédérations derrière elle, Gianni Infantino pourrait finir par disposer d’une majorité de voix tout en perdant le soutien indispensable des principaux acteurs économiques du football. Dans ce scénario, son maintien à la tête de la FIFA deviendrait politiquement beaucoup plus difficile, voire intenable, malgré les avantages électoraux dont il bénéficie encore aujourd’hui.


